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Il sera désormais plus difficile d’obtenir l’asile en Europe. Les députés européens ont approuvé mardi une modification du droit d’asile de l’Union européenne (UE), permettant notamment le rejet plus rapide des demandes d’asile ou le transfert des demandeurs d’asile vers des pays tiers. Les propositions ont été approuvées à deux reprises, avec autour de 400 voix sur 652, grâce à une alliance entre la droite et l’extrême droite. L’initiative a notamment été portée par le groupe des conservateurs et réformistes européens qui rassemble, entre autres, Fratelli d’Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Concrètement, ces mesures s’appuient sur une liste de pays établie par la Commission européenne. Elles permettront notamment aux États membres de renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays considérés comme « sûrs », y compris lorsqu’il ne s’agit pas de leur pays d’origine. Une approche déjà testée par l’Italie, avec des centres en Albanie, mais jusqu’ici freinée par des obstacles juridiques.
Pour l’eurodéputé italien Alessandro Ciriani, membre de ce groupe, ces textes constituent une avancée. « Ce texte représente un progrès dans la lutte contre l’immigration illégale en nous permettant d’accélérer des procédures qui aujourd’hui sont trop lentes et trop fragmentées », déclare-t-il, estimant que « le Parlement a fait un effort d’harmonisation ». Ces textes ont été adoptés malgré l’opposition de la gauche, des socialistes et des centristes de Renew. Pour Damien Carême, eurodéputé du groupe de la gauche, le vote marque un tournant inquiétant. Il dénonce une « journée funeste pour l’Europe et pour les droits humains ».
L’élu pointe notamment la composition de la liste des pays jugés sûrs. « Sur cette liste figurent des pays comme la Tunisie, pour laquelle le Parlement européen a adopté une résolution en novembre dernier parce qu’on s’inquiétait des droits humains », souligne-t-il. « Et quelques mois plus tard, on considère que c’est un pays sûr. Comme l’Égypte, où il y a aujourd’hui 60 000 prisonniers politiques. Pour moi, c’est la fin du droit d’asile européen », ajoute-t-il.
La liste comprend notamment le Kosovo, le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Maroc et la Tunisie. L’objectif affiché est d’accélérer l’examen des demandes d’asile de leurs ressortissants et, le cas échéant, de hâter leur rapatriement. Les ONG et plusieurs élus s’inquiètent du traitement réservé aux demandeurs d’asile dans ces pays. C’est « une étape de plus dans la déshumanisation de la politique migratoire de l’Union européenne », déplore l’eurodéputée écologiste Mélissa Camara. La Commission européenne réfute ces critiques, assurant que les pays concernés devront respecter les droits fondamentaux.
Dans un contexte politique marqué par un déplacement du centre de gravité européen vers la droite, ces textes sont vus comme un signal fort par leurs détracteurs. « Un cadeau des conservateurs allemands à Giorgia Meloni », persiflent-ils, alors que le tandem italo-allemand semble désormais imprimer sa ligne sur de nombreux dossiers européens.
Avec RFI