Arrivée le 11 juillet avec un visa étudiant et une bourse du gouvernement, Nour A. devait intégrer Sciences Po Lille à la rentrée. Elle avait été choisie, accueillie, célébrée. Puis, sur la base de captures d’écran virales publiées sur X — et non d’une enquête préalable des services français — tout s’est écroulé : désinscription immédiate, enquête ouverte, expulsion expéditive.
Aucun procès, aucune possibilité de défense publique. La sentence est tombée avant le verdict. C’est ainsi que l’on traite, en 2025, une étudiante venue de Gaza, territoire où l’accès à l’éducation relève déjà du parcours du combattant.
Le gouvernement s’abrite derrière l’accusation d’“apologie du terrorisme”. Mais c’est une décision politique, pas judiciaire. On a sacrifié une vie académique sur l’autel d’un réflexe médiatique, parce qu’il fallait répondre vite, fort, et surtout dans le sens du vent. Dans ce contexte, l’État n’a pas agi pour défendre la République, mais pour se protéger lui-même de la polémique. Et ce, quitte à trahir le droit fondamental à l’éducation et le principe de présomption d’innocence.
Il faut mesurer l’ampleur du fiasco. Paris se vantait il y a quelques semaines d’accueillir de jeunes Gazaouis pour leur offrir un avenir. Nour A. était l’affiche de cette politique. Et voilà qu’en la renvoyant, la France donne au monde une leçon inversée : nos programmes de bourses sont conditionnés à l’humeur politique du moment. C’est un discrédit international et un signal désastreux envoyé à la jeunesse palestinienne.
La France aime se voir comme la patrie de Voltaire, du droit, de la liberté académique. Mais dans cette affaire, elle agit comme un État nerveux, prompt à punir sans juger, à exclure sans entendre. C’est une contradiction flagrante : on ne peut pas prêcher la paix, la coopération et l’ouverture culturelle tout en fermant la porte au visage de celles et ceux que l’on prétend aider.
Le gouvernement français doit arrêter de travestir la défense de la République en chasse politique. Et les universités doivent refuser de devenir les exécutants passifs de décisions arbitraires. Ce qui est arrivé à Nour A. aujourd’hui, peut arriver demain à n’importe qui, dès lors qu’une polémique suffit à faire plier l’État.
J.F.PAGNI