|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Annoncé le 2 décembre, ce changement de calendrier, imposé sous la pression des clubs européens, a profondément désorganisé les plans des sélectionneurs. Initialement, les joueurs devaient rejoindre leurs équipes nationales deux semaines avant le début du tournoi. Ils ne disposeront finalement, pour la plupart, que de quelques jours de travail collectif avant d’entrer en lice. La justification avancée par la Fifa indique sa volonté de ne pas pénaliser les championnats européens et les clubs engagés dans les compétitions continentales. Plusieurs formations, encore concernées par des rencontres de Ligue des champions, de Ligue Europa ou de championnats nationaux les 9, 10 et 11 décembre, ont fait pression pour conserver leurs internationaux africains jusqu’au dernier moment. Ce choix a surtout avantagé les clubs du Vieux Continent, au détriment des sélections africaines. Il n’a en revanche que peu affecté les équipes dont l’ossature est majoritairement locale, comme l’Afrique du Sud, le Botswana ou le Soudan, dont les joueurs étaient déjà disponibles.
Pour les sélections dont l’effectif repose largement sur des joueurs expatriés, les conséquences sont lourdes. Stages écourtés, matches amicaux annulés ou réaménagés, travail tactique réduit au strict minimum. La préparation a dû être entièrement repensée dans l’urgence. De nombreux sélectionneurs comptaient sur ces deux semaines pour harmoniser leurs groupes, intégrer les nouveaux joueurs, travailler les automatismes et gérer la récupération physique après une première partie de saison européenne dense. Désormais, certaines équipes devront se contenter de trois à cinq séances collectives avant leur premier match officiel.
Le sélectionneur belge du Mali, Tom Saintfiet, figure parmi les techniciens les plus critiques. À la tête d’une sélection composée quasi exclusivement de joueurs évoluant en Europe, il avait prévu un stage long et structuré. Le nouveau calendrier l’a contraint à renoncer à un rassemblement anticipé, faute de joueurs disponibles. « On nous demande d’être compétitifs dans la plus grande compétition africaine, mais sans le temps nécessaire pour préparer une équipe », confie, amer, un membre de son staff, sur le Monde.fr. Une frustration partagée par plusieurs sélectionneurs dont Ermerse Faé, le patron du banc des Eléphants, contraints d’improviser et de miser sur la continuité plutôt que sur l’innovation tactique.
Risques accrus dès le début du tournoi
Au-delà de l’aspect organisationnel, cette préparation tronquée pose aussi des risques sportifs. Les joueurs arrivent souvent fatigués par l’enchaînement des matches en club, sans véritable période de transition. Le manque de temps pour ajuster les charges de travail augmente les risques de blessures, tandis que les équipes pourraient afficher un niveau de jeu inégal lors des premières rencontres. Dans une Can réputée pour son intensité et son imprévisibilité, ces détails peuvent faire la différence. Les sélections les mieux préparées physiquement et collectivement pourraient tirer profit de cet état de fait, au détriment de favoris privés d’un temps de travail suffisant.
Cette situation relance, une fois de plus, le débat sur la place du football africain dans le calendrier international. En cédant aux exigences des clubs européens, la Fifa a envoyé un signal qui indique que la Can reste secondaire face aux intérêts économiques des grands championnats. À quelques jours du lancement du tournoi au Maroc, les sélectionneurs africains n’ont plus le choix. Il leur faudra composer avec ces contraintes, faire preuve d’adaptation et espérer que la qualité individuelle de leurs joueurs compense le manque de préparation collective. Mais pour beaucoup, la Can 2025 a déjà commencé sur un terrain déséquilibré.
A.KONE