Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’artiste, de son vrai nom Logbo Valentine, n’a pas caché son chagrin. « Je suis choquée et brisée par le décès de Kéké Kassiry, le père de ma fille », a-t-elle confié, évoquant une relation restée forte malgré leur séparation. Elle souligne avoir partagé 13 années de vie avec le défunt, avec qui elle a eu une fille aujourd’hui disparue.
Tina Glamour a également tenu à rappeler les derniers moments de proximité entre eux. « Dans ses derniers instants, nous étions proches. Il m’appelait régulièrement, nous nous voyions… La maladie a malheureusement eu raison de lui. De là où il est, il a besoin de prières », a-t-elle ajouté. Au-delà de l’hommage personnel, l’artiste a livré un témoignage plus critique sur la fin de vie du chanteur. Elle estime que celui-ci a été « marginalisé et délaissé », malgré son apport majeur à la musique ivoirienne. « Quand on a connu la gloire et qu’ensuite on est relégué au néant, cela ne peut que conduire à une telle fin », a-t-elle regretté. Tina a toutefois exprimé sa reconnaissance à la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck pour son soutien durant la maladie de l’artiste, avant de conclure par un sobre « Que la terre lui soit légère ».
Précurseur du mouvement « gnaman gnaman », Kéké Kassiry s’est imposé dans les années 1980 comme une figure singulière de la scène musicale. Né le 11 mars 1954 à Treichville, à Abidjan, il grandit dans un environnement urbain riche en influences culturelles. Son passage en France dans les années 1980 marque un tournant décisif. Il y développe un style original, mêlant funk, sonorités africaines et énergie urbaine. De retour en Côte d’Ivoire, il popularise le « gnaman gnaman », un courant musical et chorégraphique inspiré du quotidien abidjanais. À travers des titres comme « N’né Ménika » (1982), « Afrika » (1983) ou encore « Abidjan » (1986), il impose une signature artistique reconnaissable, portée par des rythmiques modernes et des textes accessibles. Son influence dépasse la musique, contribuant à l’essor des premiers clips innovants dans le pays.
Derrière le succès, le parcours de l’artiste est jalonné de difficultés. Sa relation médiatisée avec Tina Glamour a longtemps alimenté l’actualité du showbiz local. De cette union naît une fille, Carla, décédée en 2022, un drame qui a profondément marqué l’opinion. En 1997, un incendie détruit une grande partie de son matériel musical, freinant brutalement sa carrière. Peu à peu, Kéké Kassiry s’éloigne de la scène, même s’il tente un retour discret avec le groupe « Passion ». La reconnaissance institutionnelle arrive tardivement. En 2022, il est élevé au rang de Chevalier de l’ordre du mérite culturel, saluant son apport à la musique ivoirienne.
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient au sein du milieu artistique. Artistes, arrangeurs et techniciens saluent unanimement un créateur visionnaire, dont l’œuvre a ouvert la voie à de nouvelles formes d’expression. Aujourd’hui encore, dans les quartiers d’Abidjan, ses chansons continuent de résonner.
E.KOUAKOU