Tout procède, selon le ministère, d’une rencontre, première étape, au terme de laquelle est identifié un site présentant un potentiel aurifère. L’orpailleur illégal aborde un propriétaire terrien ou l’un de ses proches et sollicite l’autorisation d’effectuer des tests sur la parcelle, en échange de présents, numéraire, motocyclette ou de simples promesses. Le scénario inverse n’est pas moins fréquent : un fils du village prend lui-même l’initiative de solliciter des orpailleurs afin de faire évaluer le potentiel aurifère de sa terre. Dès que le test se révèle concluant, le processus est enclenché.
La deuxième étape a trait à l’accord conclu avec les propriétaires terriens. Des pourparlers s’engagent avec les propriétaires du sol : les conditions d’accès au site sont arrêtées et des contreparties consenties dès lors qu’un accord est trouvé. C’est à ce stade que s’opère le premier basculement et le moment décisif : la perspective d’un gain rapide fait taire les réticences.
La troisième étape correspond à la phase de prospection. Des travaux sont entrepris afin d’évaluer rigoureusement le potentiel aurifère et, surtout, la rentabilité du site. L’opération s’approfondit.
Intervient ensuite la quatrième étape matérialisée par l’accord passé avec la communauté villageoise au terme d’une négociation élargie. Des quotes-parts sur la production sont promises à toutes les entités du village, scellant l’adhésion collective au projet illégal. En intéressant ainsi la communauté au rendement du site, les réseaux acquièrent bien davantage qu’un consentement : ils acquièrent le silence collectif.
La cinquième étape porte sur la neutralisation des relais. Des arrangements sont noués avec certains acteurs véreux de l’administration, en contrepartie d’une exploitation « paisible », c’est-à-dire soustraite à toute dénonciation comme à toute répression. Le dispositif de contrôle se trouve dès lors contourné de l’intérieur.
La sixième étape consacre l’aboutissement du processus : l’installation et l’exploitation du site par les orpailleurs. Les équipements sont mobilisés puis acheminés, et les activités d’extraction démarrent. Avec elles s’invite un cortège que le village n’a jamais négocié : contrebandiers, acheteurs illégaux, vendeurs de stupéfiants, proxénètes, braqueurs, trafiquants de produits chimiques toxiques (mercure, cyanure), sans omettre la présence des armes.
C’est alors que le calcul initial s’effondre. Ce qui avait été présenté comme une opportunité économique pour le village se mue en implantation criminelle durable. Les sols sont éventrés, les cours d’eau empoisonnés au mercure et au cyanure, les cultures vivrières sacrifiées. La jeunesse déserte les bancs de l’école et les champs pour les puits. L’insécurité s’installe. Quant aux contreparties promises, elles se révèlent dérisoires au regard de la valeur réellement extraite et de ce qui a été irrémédiablement perdu.
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