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Macky Sall foule la première fois le sol sénégalais depuis son départ du pouvoir en avril 2024. L’ancien chef de l’Etat est venu informer de vive voix le Président de sa candidature, dont le processus de sélection a été lancé le 25 novembre 2025 à New York.
Le Président Bassirou Diomaye Faye a écouté son hôte avec courtoisie et salué sa démarche, selon le communiqué officiel de la Présidence. Un accueil qui, s’il ne constitue pas un engagement formel de soutien, témoigne néanmoins d’une volonté d’apaisement et de continuité institutionnelle. L’ancien président Sall s’est engagé à rendre compte régulièrement au Chef de l’État à chaque étape de la procédure, une promesse de transparence qui pourrait faciliter un éventuel soutien officiel. Les deux hommes ont convenu de maintenir un dialogue régulier sur l’évolution du dossier.
La candidature de l’ancien président sénégalais au poste de Secrétaire général de l’ONU dépend de trois facteurs déterminants, qui conditionneront sa faisabilité et ses chances de succès. Le premier est le soutien officiel et actif de l’État du Sénégal. Jusqu’à présent, la candidature de Macky Sall a été paradoxalement déposée par le Burundi et non par son propre pays. Pour acquérir une véritable crédibilité diplomatique, il lui est indispensable d’obtenir le parrainage formel de Dakar. La rencontre de ce jour était précisément destinée à franchir cette étape.
Le second facteur est le consensus de l’Union africaine. L’aval du continent africain est indispensable, mais la candidature de Macky Sall a fait l’objet de réserves et d’objections procédurales de la part de certains pays membres, comme le Nigéria ou l’Algérie.Certains États privilégient une candidature féminine ou soulignent l’absence de validation formelle de l’UA. Pour concrétiser ses chances, l’ancien président doit obtenir une validation unanime et un portage collectif fort de la part des chefs d’État africains.
Le troisième enjeu concerne la rotation régionale et le jeu des grandes puissances. Dans la tradition des Nations unies, le principe de rotation géographique s’applique, et le cycle actuel tend à favoriser les candidatures issues d’autres régions, notamment de l’Amérique latine. Macky Sall devra convaincre au-delà de l’Afrique et s’assurer que sa candidature ne fait pas l’objet d’un veto de la part des membres permanents du Conseil de sécurité. La candidature de Macky Sall est également tributaire de son bilan politique national.
L’ancien président fait face à des contestations de la part d’une partie de la société civile sénégalaise et de collectifs de victimes, qui l’accusent de répressions lors des tensions politiques survenues entre 2021 et 2024. Pour contrer ce narratif défavorable, il devra rassurer les Nations unies sur son attachement aux droits de l’homme et sur sa capacité à rassembler. Un défi de taille, dans un contexte où la crédibilité morale des candidats est devenue un critère essentiel dans les processus de sélection onusiens.
La continuité républicaine
La rencontre entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye est un symbole puissant de la continuité de l’État sénégalais. Elle illustre la capacité des institutions à transcender les alternances politiques et à maintenir un dialogue entre les dirigeants, quelle que soit leur appartenance partisane. Le communiqué final de la Présidence insiste d’ailleurs sur ce point : « Au-delà des trajectoires et des convictions de chacun, cette rencontre est un symbole de la continuité de l’État et de la permanence des institutions, par-delà les alternances. » Un message adressé à l’opinion nationale et internationale, qui témoigne de la maturité démocratique du Sénégal. La visite de Macky Sall à Dakar marque une étape importante dans sa campagne pour le poste de Secrétaire général de l’ONU.
Le soutien de son pays, s’il est obtenu, constituerait un atout considérable pour sa candidature. Mais il lui faudra encore convaincre l’Union africaine et les grandes puissances, tout en surmontant les réserves exprimées par certains États africains. Le chemin est encore long, mais cette rencontre à Dakar a ouvert une voie nouvelle. Le Sénégal, en accueillant son ancien président dans un cadre officiel, envoie un signal de stabilité et de continuité qui pourrait peser dans la balance.
J.F.PAGNI