Une décision lourde de conséquences pour le football africain. Depuis sa première édition en 1957 au Soudan, la Can constituait un rendez-vous régulier, vital pour la visibilité des sélections, le développement des joueurs et l’équilibre économique des fédérations. Cette cadence biennale, parfois critiquée en Europe, était aussi l’un des rares leviers permettant aux nations africaines de se mesurer fréquemment au plus haut niveau.
En conférence de presse, le président de la Caf, Patrice Motsepe, a justifié cette réforme par la nécessité de mieux protéger les joueurs africains évoluant à l’étranger, notamment en Europe. « Nous avons un devoir envers les joueurs africains qui évoluent dans certains des meilleurs clubs du monde », a-t-il déclaré, évoquant une meilleure harmonie avec le calendrier international.
Mais cette argumentation peine à convaincre sur le continent. En réduisant le nombre de Can, les sélections africaines perdront des opportunités précieuses de compétition, de progression et d’exposition. Pour de nombreux pays, la Can reste le principal événement sportif, bien plus accessible que la Coupe du monde. Passer de deux à quatre ans entre chaque édition, c’est aussi priver toute une génération de joueurs d’une ou deux participations à ce tournoi majeur, parfois unique vitrine de leur carrière.
Les professionnels africains évoluant dans les clubs européens pourraient également être les grands perdants de cette réforme. Certes, ils seront moins souvent appelés en pleine saison hivernale, mais la Can demeure un moment clé de reconnaissance internationale. Moins de Can, c’est moins de visibilité, moins de matchs à enjeu continental, et potentiellement moins d’opportunités de valorisation sportive et financière, notamment pour les joueurs issus de sélections moins médiatisées.
Autre annonce faite par Patrice Motsepe : la Can prévue initialement en 2029 sera avancée à 2028. Le tournoi de 2027, organisé conjointement par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, est maintenu. À partir de 2028, la nouvelle périodicité entrera définitivement en vigueur, avec des éditions programmées en 2032, 2036 et au-delà.
Pour compenser cette raréfaction de la Can, la Caf prévoit le lancement, dès 2028, d’une Ligue des nations africaine, sur le modèle européen. Une compétition censée offrir davantage de matchs internationaux et une meilleure synchronisation avec le calendrier de la Fifa. Reste à savoir si ce nouveau tournoi saura combler le vide laissé par la Can biennale, tant sur le plan sportif que symbolique. Car au-delà des enjeux de calendrier et de gouvernance, la Can est avant tout une fête populaire, un moment d’unité et de ferveur continentale. En la rendant plus rare, la Caf prend le risque d’affaiblir un pilier du football africain, au bénéfice d’un alignement avec des standards pensés avant tout pour le football européen.
Axel KONE