Une menace mise à exécution
Mercredi 15 juillet, peu avant 20 heures, deux individus pénètrent dans l’enceinte de l’église Sainte-Bernadette, à Marcory Est. Selon plusieurs témoins, ils sont armés et semblent déterminés. Le principal suspect, muni d’une hache, s’attaque d’abord à la statue de Sainte Bernadette, figure emblématique de cette paroisse fondée en 1990. Pendant ce temps, son complice tente d’escalader la clôture afin d’atteindre une grande croix installée à l’arrière de l’édifice.
« Il était complètement déchaîné. Personne ne pouvait l’approcher parce qu’il était armé », raconte un riverain qui a assisté à la scène. Après avoir endommagé la statue, le suspect se dirige vers la sortie tandis que son complice cherche à poursuivre les dégradations. Ce dernier demande même que la hache lui soit transmise afin de s’en prendre à la croix.
L’intervention rapide des agents de sécurité de la paroisse, épaulés par des riverains et un policier en service dans le quartier, permet finalement de maîtriser le principal suspect. Son présumé complice parvient toutefois à prendre la fuite. Alerté immédiatement, le curé contacte les forces de l’ordre, qui procèdent à l’interpellation de l’homme.
Une attaque annoncée
Ce qui trouble particulièrement la communauté paroissiale est que le suspect avait, selon plusieurs témoignages concordants, annoncé son intention quelques heures avant de passer à l’acte. Dans la matinée, il se serait présenté au presbytère afin de rencontrer le curé. Au cours de cet échange, il aurait exigé le retrait de toutes les statues présentes dans l’église. « S’il ne le fait pas, ce soir je reviendrai m’en charger », aurait-il déclaré avant de quitter les lieux. Sur le moment, le prêtre et les fidèles disent avoir cru à l’attitude d’un homme déséquilibré, sans imaginer qu’il reviendrait quelques heures plus tard pour mettre ses menaces à exécution.
Selon une source paroissiale, lors de son audition, le suspect aurait affirmé avoir préparé ce projet depuis deux ans. Il aurait également déclaré se réclamer d’un courant extrémiste et évoqué la possibilité d’autres attaques contre des lieux de culte. Ces affirmations font désormais l’objet de vérifications par les services d’enquête.
Une communauté sous le choc
L’émotion reste vive parmi les fidèles de Sainte-Bernadette. Pour eux, la statue vandalisée représente bien davantage qu’un simple élément de décoration religieuse. « C’est une immense déception. Mais notre foi ne dépend pas d’une statue », confie un proche du curé. Malgré le traumatisme, les activités religieuses n’ont pas été interrompues. Les temps d’adoration et de prière se sont déroulés comme prévu, dans une église marquée mais toujours ouverte.« Détruire une statue ne nous empêchera pas de vivre notre foi. L’essentiel est qu’aucune vie n’ait été perdue. Grâce à Dieu, personne n’a été blessé », insiste un responsable de la paroisse. Le curé, profondément affecté, continue d’accueillir les fidèles et appelle au calme en attendant les conclusions de l’enquête.
Une enquête ouverte
Le principal suspect est actuellement entre les mains des services compétents. Les investigations se poursuivent afin d’établir les circonstances exactes de l’attaque, de retrouver son présumé complice et de déterminer s’il s’agit d’un acte isolé ou d’un projet plus structuré. Cette affaire relance également la question de la sécurisation des lieux de culte en Côte d’Ivoire. Selon plusieurs sources, les autorités religieuses et les services de sécurité pourraient renforcer les dispositifs de protection autour des églises dans les prochains jours.
À Marcory, la statue de Sainte Bernadette pourra être restaurée. Pour les fidèles, en revanche, le choc de cette attaque laissera des traces bien plus profondes. Tous disent cependant vouloir répondre à cette épreuve par la prière plutôt que par la peur.



J.F.PAGNI