La scène restera gravée dans les mémoires ivoiriennes. À la 84e minute, alors que la rencontre semblait se diriger vers un match nul, les Éléphants ont frappé. Sur une action parfaitement construite, Nicolas Pépé a trouvé Guéla Doué dans la profondeur. Le latéral a immédiatement servi Amad Diallo, dont la reprise instantanée a trompé Mike Maignan. La Beaujoire a alors changé de visage. Les milliers de supporters ivoiriens présents ont couvert le stade de leurs chants tandis qu’Emerse Faé exultait sur son banc.
Battre l’équipe de France n’est jamais anodin. Le faire face à une sélection emmenée notamment par Kylian Mbappé, Michael Olise et Aurélien Tchouaméni l’est encore moins. D’autant que les Bleus préparaient eux aussi la Coupe du monde, un contexte dans lequel Didier Deschamps n’avait encore jamais connu la défaite. Au coup de sifflet final, les Ivoiriens pouvaient savourer un succès historique. Pour la première fois, la Côte d’Ivoire faisait tomber les Bleus. Une victoire symbolique, certes acquise dans un match de préparation, mais dont la portée dépasse largement le simple cadre d’une rencontre amicale.
Pourtant, tout n’avait pas commencé de la meilleure manière. Durant les quarante-cinq premières minutes, les Éléphants ont subi la domination française. Les hommes de Didier Deschamps ont monopolisé le ballon et multiplié les occasions. Yahia Fofana a dû s’employer à plusieurs reprises pour repousser les tentatives de Mbappé, Olise et Cherki. Emerse Faé l’a reconnu après la rencontre. Son équipe n’a jamais réussi à installer le pressing prévu au départ. « Nous ne voulions pas rester en bloc bas, mais le rapport de force nous a poussés à défendre davantage que prévu », a expliqué le sélectionneur. La situation s’est compliquée juste avant la pause lorsque Rayan Cherki a ouvert le score pour les Français (45e). Un coup dur pour les Ivoiriens, qui auraient pourtant pu prendre l’avantage quelques minutes plus tôt. Après avoir récupéré un ballon dans les pieds de Tchouaméni, Simon Adingra s’était présenté seul face à Maignan, sans parvenir à conclure.
Le tournant des changements
Au retour des vestiaires, le visage de la rencontre a radicalement changé. Si la France a largement renouvelé son effectif, la transformation ivoirienne s’explique surtout par l’impact de ses entrants. Nicolas Pépé et Amad Diallo ont apporté vitesse, profondeur et imprévisibilité. Leur influence a rapidement déséquilibré une défense française jusque-là sereine. « Les remplaçants nous ont permis de respirer davantage et d’être plus dangereux », s’est félicité Emerse Faé. L’égalisation est arrivée à la 53e minute au terme d’une action modèle. Emmanuel Agbadou a cassé les lignes par une passe ambitieuse, Pépé a immédiatement lancé Guéla Doué dans le dos de la défense, et le latéral a conclu avec beaucoup de sang-froid face à Maignan. À partir de cet instant, les Éléphants ont joué les yeux dans les yeux avec leurs prestigieux adversaires avant de porter l’estocade en fin de rencontre grâce à Amad Diallo.
Au-delà du résultat, cette victoire a mis en lumière les progrès collectifs réalisés par la sélection ivoirienne. Yahia Fofana a encore confirmé sa solidité dans les buts. Au milieu, Franck Kessié et Seko Fofana ont livré une prestation de haut niveau. Devant, les entrants ont changé le cours du match, tandis que Guéla Doué s’est illustré comme l’un des grands artisans du succès avec un but et une passe décisive. « Aujourd’hui, nous avons une équipe complète avec beaucoup de talent », estime Seko Fofana. « Ce n’est pas parce qu’on a battu la France que tout sera facile, mais nous avons montré que nous étions une très bonne équipe ». Même prudence du côté de Franck Kessié, qui refuse toute forme d’euphorie malgré l’exploit. « Ce qu’on a réalisé n’est pas anodin. Battre une équipe comme la France nous donne énormément de confiance, mais nous devons continuer à travailler. L’objectif est d’être prêts pour notre premier match contre l’Équateur. », explique le capitaine des Eléphants.

Battre l’équipe de France n’est jamais anodin (Ph : DR)
Douze ans après sa dernière participation au Mondial, la Côte d’Ivoire s’apprête à retrouver la plus grande scène du football international. Ce succès contre la France ne garantit évidemment rien pour la suite de la compétition. Mais il offre aux Éléphants un capital confiance considérable au moment d’aborder leur dernière ligne droite de préparation. Emerse Faé préfère d’ailleurs tempérer les enthousiasmes. « Il faut savourer cette victoire parce qu’on ne bat pas l’équipe de France tous les jours. Mais il ne faut surtout pas s’enflammer. », fait remarquer le patron du banc des Eléphants.
Les Éléphants savent qu’ils n’ont encore rien accompli au Mondial. Mais les Ivoiriens savent aussi qu’ils viennent de faire tomber l’une des meilleures sélections du monde. Et parfois, dans la préparation d’un grand tournoi, il n’existe pas de meilleur carburant que cette certitude.
Eric KOUAKOU