La donne est claire : La France insoumise, le Rassemblement national, les socialistes, les communistes et les écologistes ont tous annoncé qu’ils ne voteront pas la confiance. Addition des forces d’opposition : 315 sièges. Majorité requise : 288. Les comptes sont faits. Ce gouvernement, comme celui de Barnier avant lui, n’a aucune base solide à l’Assemblée nationale. Bayrou, en prenant l’initiative de ce vote « quitte ou double », signe en réalité son arrêt de mort politique.
Le symptôme d’un système en faillite
Ce n’est pas seulement Bayrou qui vacille, c’est l’ensemble du système macronien. En huit ans de présidence, Emmanuel Macron aura usé deux Premiers ministres en moins d’un an, révélant l’ampleur de l’usure de son pouvoir. Chaque nouvelle équipe gouvernementale apparaît comme une rustine posée à la hâte sur une majorité fracturée, sans cohérence ni vision. Et à chaque fois, le résultat est le même : la défiance des parlementaires, l’exaspération des Français et l’aveu d’échec.
L’instabilité actuelle est directement imputable au président. En refusant d’écouter les signaux envoyés par les urnes lors des législatives de 2022, Emmanuel Macron a choisi de gouverner comme si de rien n’était, multipliant les nominations improbables et les calculs politiciens. Après l’épisode Barnier, présenté comme « le recours », puis Bayrou, censé rétablir la confiance, c’est désormais la vacuité de la stratégie présidentielle qui éclate au grand jour. À défaut de coalition solide, Macron a préféré le passage en force et les artifices institutionnels. Résultat : le pays s’enfonce dans la crise.
Une France en panne
Pendant que le pouvoir s’enlise dans ces jeux d’appareils, la France, elle, avance à reculons : dette colossale, réindustrialisation au point mort, services publics en déshérence. La scène politique ressemble à une valse de Premiers ministres sacrifiés pour prolonger artificiellement la survie d’un président isolé. Bayrou, après Barnier, n’est que le nouvel épisode d’une série noire qui confirme une évidence : Emmanuel Macron n’a plus la main, ni sur le Parlement, ni sur le pays.
La chute annoncée de François Bayrou n’est pas une péripétie, mais le signe d’un échec global. Un président incapable de bâtir une majorité, des Premiers ministres jetés les uns après les autres comme des fusibles, et un pays plongé dans une instabilité permanente. À ce rythme, ce n’est plus seulement le gouvernement qui tombe : c’est la crédibilité de la Ve République qui vacille.
Jean-François PAGNI