Une nouvelle tension secoue le système de formation des enseignants du primaire en Côte d’Ivoire. À compter du 5 janvier 2026, les professeurs des Centres d’animation et de formation pédagogique (CAFOP) ont suspendu l’encadrement des professeurs stagiaires de l’École normale supérieure (ENS). En cause : le non-paiement des indemnités d’encadrement dues pour les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025.
Le mot d’ordre est clair et sans ambiguïté. Dans une note signée le 29 décembre 2025, la Coordination nationale des professeurs de CAFOP de Côte d’Ivoire (CNP/CAFOP-CI) appelle ses membres à « suspendre l’encadrement des professeurs stagiaires de l’ENS », tout en continuant à dispenser normalement les cours, mais sans la présence de stagiaires dans les classes. Les enseignants sont également invités à ne « céder à aucune pression » et à rester à l’écoute de leur syndicat.
Cette position est appuyée par le Syndicat national des enseignants des centres d’animation et de formation pédagogique (SYNECAFOP). Dans un communiqué daté du 2 janvier 2026, le syndicat rappelle qu’une délégation avait été reçue en audience, le 22 septembre 2025, par le directeur de l’ENS. À l’issue de cette rencontre, les responsables syndicaux affirment avoir reçu l’assurance d’un paiement effectif des indemnités au plus tard en décembre 2025. Une promesse restée, selon eux, sans suite.
« Le mois de décembre s’est achevé sans que nous ayons constaté le paiement effectif des indemnités d’encadrement », déplore le SYNECAFOP, qui souligne avoir pourtant fait preuve de bonne foi en démarrant les encadrements sans perception préalable des primes. Face à cette situation, le syndicat exige le paiement intégral des arriérés 2023-2024 et 2024-2025, ainsi que le règlement des indemnités 2025-2026 avant la fin de l’année scolaire en cours.
Mot d’ordre maintenu
Joint par Linfodrome, Kader Doumbia, secrétaire général de la CNP/CAFOP-CI, ne mâche pas ses mots. « Nous avons suspendu les encadrements des professeurs stagiaires de l’ENS parce qu’elle nous doit les primes des encadrements de 2024 et 2025 », explique-t-il. Selon lui, ce problème de paiement n’est pas nouveau : « Même pour les encadrements antérieurs à 2024, nous devons souvent aller démarcher auprès de l’ENS ou menacer de suspendre avant qu’elle ne s’exécute. »
Le responsable syndical affirme que plusieurs démarches ont été entreprises depuis la rentrée scolaire. « Nous n’avons cessé d’interpeller l’ENS. Nous avons même été reçus par des responsables mandatés par le directeur, qui nous avaient donné l’assurance que le paiement se ferait au plus tard fin décembre 2025. Malheureusement, cela n’a pas été le cas », regrette-t-il, avant de prévenir : « Le mot d’ordre est maintenu jusqu’au paiement des arriérés. »
Au-delà du conflit financier, les syndicats alertent sur les conséquences pédagogiques de cette suspension. « L’impact de cet arrêt des encadrements est réel sur la formation des professeurs stagiaires », insiste le secrétaire général de la CNP/CAFOP-CI. « Que vaut un enseignant formé théoriquement sans la pratique ? C’est un enseignant formé au rabais. »
Selon lui, le risque est systémique : des enseignants « formés en demi-teinte » pourraient à leur tour former des élèves-maîtres, puis des élèves du primaire. « Vous voyez vous-mêmes les conséquences sur le système éducatif ivoirien », avertit-il, appelant les responsables de l’ENS à « tout mettre en œuvre pour la résolution rapide de cette crise ».
Pour l’heure, aucun calendrier de paiement officiel n’a été communiqué par l’ENS. En attendant une réaction officielle de la direction de l’ENS ou du ministère de l’Éducation nationale, la suspension des encadrements se poursuit. Un conflit salarial qui, au-delà des primes impayées, pose une question de fond : peut-on former durablement de bons enseignants sans garantir des conditions minimales à ceux qui les encadrent ?
Source Linfodrome