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Un bras de fer institutionnel secoue discrètement l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Prévue depuis décembre 2024, la passation de la présidence tournante du Conseil des ministres entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ne s’est toujours pas concrétisée. En cause : un blocage que plusieurs sources imputent à la France, avec l’appui actif du président ivoirien Alassane Ouattara.
D’après des révélations publiées ce 15 juillet par la télévision nationale burkinabè, les autorités de Ouagadougou dénoncent une violation manifeste des statuts de l’UEMOA, notamment l’article 11 qui garantit une rotation équitable entre les États membres à la tête des instances dirigeantes.
Le cœur du désaccord : la participation d’un représentant français aux réunions des ministres des Finances de l’Union. Le Burkina Faso, rejoint dans sa position par le Mali et le Niger, aurait décidé de boycotter plusieurs séances où la France était représentée, dénonçant une ingérence étrangère jugée inacceptable.
Ce refus assumé aurait provoqué l’ire de Paris, qui, selon plusieurs sources, aurait fait pression sur ses alliés de la région, notamment la Côte d’Ivoire, pour bloquer l’accession du Burkina Faso à la présidence du Conseil des ministres.
La crise survient dans un contexte de détérioration profonde des relations entre la France et plusieurs pays sahéliens, notamment le Burkina Faso. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré à la suite d’un coup d’État en 2022, Ouagadougou a multiplié les gestes de rupture : dénonciation des accords de défense, expulsion des forces françaises, et critique virulente de ce qui est perçu comme un néocolonialisme persistant.
Le pays, désormais membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Niger, affiche une posture souverainiste assumée et un net rapprochement avec d’autres puissances comme la Russie ou la Turquie.
Dans cette dynamique, la Côte d’Ivoire apparaît, aux yeux des capitales sahéliennes, comme le principal relais de l’influence française en Afrique de l’Ouest. À plusieurs reprises, le capitaine Traoré a accusé Abidjan d’entretenir une stratégie de déstabilisation à l’encontre du Burkina Faso.
Pour l’heure, aucune réaction officielle n’a émané du gouvernement ivoirien. Mais la reconduction, au-delà du terme légal, du ministre ivoirien des Finances à la présidence du Conseil des ministres de l’UEMOA alimente les soupçons. Ce statu quo est jugé préoccupant par plusieurs analystes, qui y voient un affaiblissement de la crédibilité de l’organisation sous-régionale, de plus en plus perçue comme soumise à des logiques géopolitiques étrangères.
L’UEMOA, quant à elle, n’a pas encore publié de communiqué pour clarifier la situation. En attendant, les tensions persistent.
J.F.PAGNI