Présente à l’ouverture de l’événement, la ministre a salué l’initiative et encouragé les organisateurs à poursuivre leurs efforts en faveur de la promotion des jeunes talents. Elle a souligné l’importance de telles plateformes qui permettent aux artistes émergents de gagner en visibilité auprès du public et des professionnels du secteur. Durant deux jours, les visiteurs ont découvert une diversité d’univers créatifs allant de la mode aux produits cosmétiques, en passant par les arts visuels et les créations pluridisciplinaires. Parmi les espaces ayant suscité un intérêt particulier figurait le stand du projet Exodus, intitulé « Prélude ».
À travers cette initiative, quatre jeunes artistes peintres ivoiriens ont bénéficié d’une vitrine pour présenter leurs œuvres et partager leurs univers artistiques. Le collectif réunissait Aka Marie Emmanuella Denon, Touré K. Junior et Kouakou Kouassi Martial, sous la direction artistique de l’artiste peintre Eslie Ahou Ramia N’Guessan, connue sous le nom de Near. Absente au dernier moment, l’initiatrice du projet a été représentée par son assistante, Tahira Sow, qui a présenté la philosophie ainsi que les ambitions d’Exodus.« Le projet Exodus a été créé par des artistes pour des artistes », a-t-elle expliqué.
Selon elle, cette initiative est née d’un constat partagé par de nombreux jeunes créateurs ivoiriens confrontés à la difficulté d’accéder à des espaces d’exposition adaptés à la présentation de leurs œuvres.« Nous voulons valoriser l’art ivoirien, notamment les jeunes artistes. Exodus se veut un lien entre l’art et les espaces urbains afin de rapprocher les œuvres du public », a-t-elle ajouté. Elle a rappelé que cette édition représente la troisième exposition organisée dans le cadre du projet. Les deux premières s’étaient déroulées au restaurant Kajazuma, à Riviera 2, dans la commune de Cocody.
Le thème retenu cette année, « Prélude », symbolise un point de départ, une ouverture vers de nouvelles opportunités artistiques et professionnelles. Chacun des artistes présents y a dévoilé une identité visuelle singulière ainsi qu’un message propre à sa démarche créative.
Aka Marie Emmanuella Denon, par exemple, s’inspire principalement de l’univers numérique, des réseaux sociaux et de la relation complexe que les individus entretiennent avec les nouvelles technologies. Ses œuvres invitent à une réflexion sur les transformations des interactions humaines dans une société de plus en plus connectée. « Nous vivons dans un monde où les écrans occupent une place grandissante dans nos relations. Il devient parfois difficile de communiquer directement avec les autres. Mon travail cherche à interroger cette réalité », a-t-elle confié.
L’artiste précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’une critique des technologies ou de l’intelligence artificielle, mais plutôt d’une sensibilisation aux excès susceptibles d’affecter les relations humaines.
De son côté, Touré K. Junior se démarque par une approche artistique fondée sur le recyclage de cartons d’œufs. À travers cette technique originale, il aborde des problématiques environnementales et humanitaires. Présent avec deux créations spécialement réalisées autour du thème « Prélude », il voit cette exposition comme une opportunité de faire découvrir davantage son travail. « Je pratique également la mosaïque, le vitrail et la tapisserie. Cet espace me permet de présenter la diversité de mon univers artistique », a-t-il indiqué.
Pour sa part, Kouakou Kouassi Martial puise son inspiration dans les symboles Adingra, hérités de la culture Akan. À travers ses œuvres, il met en avant la mémoire culturelle africaine et la transmission des valeurs traditionnelles. « Mon message est un rappel de mémoire lié aux cultures africaines. Je montre comment notre héritage culturel peut contribuer à construire le monde de demain », a-t-il expliqué. Selon lui, les symboles Adingra dépassent leur fonction décorative et constituent de véritables marqueurs identitaires, porteurs d’histoire et de sens.
Au-delà de la simple organisation d’expositions, le projet Exodus entend accompagner les jeunes artistes dans leur développement professionnel à travers des actions de communication, de promotion et parfois de formation. À travers cette dynamique, les initiateurs ambitionnent de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs capables de vivre de leur art et de participer activement au rayonnement culturel de la Côte d’Ivoire.
Axel KONE