Après un feu vert provisoire de la Cour suprême en début de semaine, une juge de l’État du Massachusetts a suspendu hier un décret de Donald Trump modifiant les conditions du vote à distance. Le texte avait fait l’objet de plusieurs recours en justice, dont un déposé par des États à majorité démocrate. Il prévoyait notamment la création d’une liste fédérale des personnes habilitées à voter et d’enveloppes avec un code-barres pour sécuriser le vote par correspondance.
Alors que les élections de mi-mandat doivent avoir lieu le 3 novembre, la magistrate a estimé qu’il était trop tard pour mettre ces changements en place, sachant que certains États doivent commencer à envoyer les bulletins de vote par correspondance la semaine prochaine. Elle a jugé que ce décret, « probablement contraire à la Constitution », représentait « un préjudice irréparable » pour les États, à qui revient la compétence de l’organisation des scrutins, et pour les électeurs dont il restreint potentiellement les droits.
Donald Trump et le camp républicain présentent ces dispositions comme un moyen de lutter contre les fraudes électorales. Le président américain est persuadé que le vote à distance permet aux étrangers de voter illégalement aux élections américaines. « Dans le logiciel trumpien, il y a cette obsession de la fraude électorale massive », explique Lauric Henneton, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines. Le président républicain y voit l’une des raisons principales de sa défaite de 2020 face au démocrate Joe Biden, qu’il n’a jamais reconnue.
Dans sa décision, la juge de l’État du Massachusetts souligne que l’administration américaine n’avait pas apporté la « moindre preuve » de fraudes électorales massives liées au vote par correspondance. Selon Lauric Henneton, le président américain se fonde en réalité sur une poignée de cas isolés, « une goutte d’eau dans l’océan, montée en épingle par Trump pour justifier sa défaite de 2020. »
De leur côté, les démocrates craignent que l’encadrement du vote par correspondance voulu par Donald Trump finisse par limiter l’accès au vote des minorités en rendant les procédures plus compliquées. Des inquiétudes à relativiser selon Lauric Henneton : « des études montrent qu’entre la décision de changer les règles et le vote, il y a une forme d’adaptation, non seulement des électeurs, mais aussi des associations, qui se mobilisent pour maintenir le niveau de participation ».
J.F.PAGNI