La situation se complique avec l’introduction d’un projet de loi au Congrès américain, porté par quatre élus de bords politiques opposés, visant à conditionner les financements américains à un audit approfondi de l’AMA. Ce texte, baptisé « Restoring Confidence in the World Anti-Doping Agency Act », a été présenté par la sénatrice républicaine du Tennessee, Marsha Blackburn, aux côtés du sénateur démocrate du Maryland Chris Van Hollen et des représentants John Moolenar (républicain, Michigan) et Raja Krishnamoorthi (démocrate, Illinois).
Ce projet de loi impose à l’Office national de la politique de contrôle des drogues (ONDCP) de mener une évaluation de 90 jours sur le mode de gouvernance de l’AMA. Parmi les points scrutés figurent : la transparence et l’indépendance de l’agence, la gestion des conflits d’intérêts, l’implication des athlètes américains dans les processus décisionnels, l’efficacité des réformes en matière de contrôle du dopage.
Si l’audit révèle des failles structurelles, l’ONDCP pourrait décider, en concertation avec le Congrès, de suspendre totalement les paiements américains à l’agence. Cette pression financière, couplée au fait que les États-Unis doivent encore verser 3,8 millions de dollars en 2025 (soit plus de 7 % du budget total de l’AMA), place l’organisation antidopage dans une position délicate.
JO 2034, un levier de pression
Les tensions ont été exacerbées par l’affaire des 23 nageurs chinois testés positifs avant les Jeux de Tokyo. Une enquête indépendante a conclu à l’absence d’irrégularités dans la gestion du dossier, mais l’AMA est restée sous le feu des critiques américaines. En représailles au non-versement de la contribution américaine, l’agence a menacé de priver les États-Unis de leur siège au sein de son comité exécutif.
Face à ces menaces, la sénatrice Blackburn a vivement réagi, accusant l’AMA de vouloir « museler les défenseurs du fair-play » et de faire preuve d’« obstruction et de mensonge envers le Congrès ». De son côté, le sénateur Van Hollen a dénoncé un manque de transparence qui fausse la compétition mondiale : « Pendant trop longtemps, nous n’avons pas eu la certitude que tous les athlètes sont soumis aux mêmes normes. »
L’Agence américaine antidopage (USADA) soutient pleinement cette initiative. Son président, Travis Tygart, voit dans la suspension des financements un moyen de garantir l’équité sportive : « Cette législation est cruciale alors que les États-Unis accueilleront de grands événements comme la Coupe du monde de la FIFA 2026 et les Jeux olympiques et paralympiques de 2028 et 2034. »
Bras de fer
Les athlètes américains, à travers des figures comme Joel Rosinbum et Greta Neimanas de la commission des athlètes de l’USOPC, soutiennent cette confrontation avec l’AMA. Néanmoins, aucune issue claire ne se dessine. Le Comité international olympique (CIO) pourrait jouer un rôle clé dans la résolution de cette impasse, notamment en liant l’attribution des Jeux d’hiver 2034 à Salt Lake City au respect de l’autorité de l’AMA.
David Lappartient, figure influente du mouvement olympique, a récemment rappelé que ce dossier pourrait être un élément décisif dans les négociations à venir. Pour l’instant, aucun compromis ne semble en vue, et la lutte antidopage devient un champ de bataille politique aux répercussions mondiales.
E.KOUAKOU