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Arrivé en hélicoptère comme un empereur atterrissant sur ses terres, Trump a rejoint Charles en calèche – un détail soigneusement calibré pour flatter son ego. Le cortège ? Confiné dans le domaine royal, loin du peuple, comme pour mieux souligner le décalage : l’homme qui se rêve en souverain ne devait surtout pas croiser la foule qui le déteste.
La soirée a atteint des sommets d’obséquiosité. Tim Cook, Rupert Murdoch et d’autres figures de la haute finance et des médias rivalisaient de sourires et de révérences, comme des courtisans du XXIᵉ siècle. The New York Times a résumé la scène : un président “traité comme un roi par un vrai roi”, entouré d’une élite prête à tout pour rester dans ses bonnes grâces. L’image est saisissante : Trump, ravi, trônant au milieu d’un festin digne de Versailles, tandis que le peuple britannique hurlait sa colère à quelques kilomètres de là.
Pendant ce temps, dans la rue…
À Londres, la coalition Stop Trump rassemblait des milliers de manifestants. Panneaux “non au racisme”, ballons “Bébé Trump” flottant au-dessus des têtes, slogans rageurs : la rue britannique rappelait que l’invité d’honneur de Windsor n’était pas un héros, mais un paria. La BBC n’a pas mâché ses mots : pour une large partie de l’opinion, Trump “n’est pas le bienvenu”.
Offrir une deuxième visite d’État à Trump – un privilège rarissime – n’est pas un geste anodin. The Washington Post le dit sans détour : il s’agit avant tout de flatter un ego insatiable, en échange d’un hypothétique sursis commercial. Ménager l’homme, c’est espérer qu’il ne déclenche pas de guerre douanière contre le Royaume-Uni et qu’il continue à soutenir l’Ukraine. La monarchie et Downing Street jouent donc le rôle de dompteurs maladroits, tentant d’apprivoiser un fauve qu’ils craignent autant qu’ils courtisent.
Même The Daily Telegraph, pourtant prompt à défendre Trump, a salué sa posture “présidentielle” le temps d’un discours. Mais l’illusion ne trompe personne. Tantôt bateleur de foire, tantôt commentateur de Fox News, Trump n’est redevenu “homme d’État” qu’à Windsor, protégé par les ors et les tapis rouges.
Le paradoxe Trump
Dans l’enceinte royale, il incarne le monarque qu’il rêve d’être : adulé, célébré, protégé. Dans la rue, il est rejeté comme une caricature de despote, symbole d’arrogance et de brutalité. Cette visite restera comme une scène de théâtre grotesque : d’un côté, les courtisans accrochés à ses faveurs ; de l’autre, une foule en colère criant qu’il n’est pas le bienvenu.
Trump, roi sans couronne mais couvert d’honneurs, aura trouvé à Windsor ce qu’il aime par-dessus tout : un miroir qui lui renvoie l’image d’un souverain. Le reste – la démocratie, la rue, la colère populaire – a été tenu à distance, comme un détail gênant.
J.F.PAGNI