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Les ministres visés, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, sont connus pour leurs positions extrémistes et leur rôle dans la colonisation. Les exclure de l’UE ou geler leurs avoirs relève davantage du geste diplomatique que de la sanction efficace.
Quant à l’augmentation des droits de douane, elle pèserait environ 227 millions d’euros, une somme marginale pour l’économie israélienne. Une mesure qui permet à Bruxelles de dire « nous agissons », sans véritablement inquiéter Tel-Aviv.
Une Europe paralysée par ses contradictions
Le vrai problème est ailleurs : toute sanction doit être approuvée à l’unanimité par les 27 États membres. Or, certains pays, comme l’Allemagne ou la Hongrie, bloquent systématiquement toute mesure trop contraignante. Résultat : l’Union reste piégée dans ses divisions internes.
En parallèle, l’Europe continue de commercer massivement avec Israël, tout en dénonçant ses violations du droit international. Ce double langage mine sa crédibilité : d’un côté elle se présente comme la gardienne des droits humains, de l’autre elle maintient, voire renforce, ses liens économiques avec un État accusé de crimes de guerre.
Cette impuissance ne passe pas inaperçue. Dans les opinions publiques arabes et africaines, le constat est sans appel : l’Union européenne est perçue comme complice, voire hypocrite.
Dans le monde arabe, où les images de Gaza dévastée circulent en boucle, l’Europe est accusée de couvrir Israël par son inaction et son refus d’employer des sanctions réellement contraignantes. Beaucoup y voient une indignation de façade destinée à calmer les critiques, mais sans volonté politique d’infléchir la situation.
En Afrique, ce sentiment est encore renforcé par une mémoire coloniale toujours vive. Pour de nombreux observateurs, l’Europe applique un « deux poids, deux mesures » : sévère quand il s’agit de sanctionner la Russie ou d’autres régimes africains, mais timorée dès qu’il est question d’Israël. Cette perception nourrit l’idée que l’UE n’est pas une puissance neutre, mais un acteur aligné sur les intérêts occidentaux et américains.
Israël nargue Bruxelles
À Tel-Aviv, la réaction est claire : l’Europe peut protester, mais son influence est quasi nulle. Le gouvernement israélien sait que le véritable rapport de force se joue à Washington, et que l’UE, prisonnière de ses divisions, ne franchira jamais la ligne rouge des sanctions lourdes.
En multipliant les annonces creuses, Bruxelles prend le risque de s’affaiblir sur la scène internationale. Elle se présente comme une puissance normative, mais son incapacité à agir contre Israël confirme l’image d’un géant économique réduit à un nain politique.
Une Europe discréditée
En fin de compte, l’annonce de ce 17 septembre illustre l’échec de la diplomatie européenne. Ni Gaza, ni la colonisation, ni la politique israélienne ne seront affectés par des sanctions aussi limitées. Mais l’image de l’Europe, elle, continue de s’éroder.
Aux yeux du Sud global, Bruxelles n’est pas un arbitre crédible mais un acteur partial, complice d’un déséquilibre qu’elle prétend pourtant corriger. À force de se contenter de déclarations sans effets, l’Union européenne risque de perdre définitivement ce qu’il lui reste de légitimité internationale.
J.F.PAGNI