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Le soldat de Macron
Ancien ministre des Armées, Lecornu s’est forgé dans un portefeuille hautement symbolique. Confronté à la multiplication des crises internationales, il s’est imposé comme le visage de « l’investissement militaire » français : augmentation du budget de la défense, achats massifs d’équipements, et discours musclé sur la souveraineté militaire. Pour Emmanuel Macron, son profil a une utilité politique claire : dans un contexte de menaces extérieures, miser sur un Premier ministre militaire est un signal de fermeté. Mais ce choix a tout d’un pari risqué.
Car l’opinion publique n’adhère pas. Selon un sondage Odoxa-Backbone, 69 % des Français se disent mécontentsde sa nomination, et 56 % déclarent avoir une mauvaise opinion de lui. Il s’agit du pire accueil d’un Premier ministre depuis la dissolution. À titre de comparaison, Michel Barnier recueillait 45 % d’adhésion et François Bayrou 36 %. Lecornu, lui, plafonne à 29 %.
Le rejet est massif dans tous les camps politiques, sauf chez les soutiens de la majorité présidentielle (79 % de satisfaction à Renaissance) et, plus timidement, chez les sympathisants LR (60 %). Ailleurs, c’est la défiance : 79 % des socialistes, 67 % des écologistes, 87 % des Insoumis et 80 % des électeurs du Rassemblement national le désapprouvent. Un désaveu qui illustre l’isolement croissant du chef de l’État et de son nouveau Premier ministre.
Lecornu, miroir de l’impopularité présidentielle
La froideur de l’accueil ne doit rien au hasard : Lecornu paie autant pour lui-même que pour celui qui l’a nommé. Il est perçu comme l’extension directe d’Emmanuel Macron, son double politique, son relais docile. Sa nomination n’a rien du souffle nouveau espéré après une dissolution houleuse ; elle a tout d’une prolongation mécanique d’un pouvoir qui s’entête.
L’impopularité du président rejaillit mécaniquement sur son Premier ministre : la défiance qui frappe Macron s’est transférée sur Lecornu dès le premier jour. Là où d’autres chefs de gouvernement avaient pu profiter d’un « état de grâce » initial, lui se heurte au rejet massif d’une opinion qui n’y voit qu’un choix par défaut. Plus qu’un Premier ministre, les Français ont le sentiment d’avoir reçu un « clone » du président, sans autonomie, sans respiration démocratique.
Les Français sont 68 % à ne pas lui faire confiance pour composer un gouvernement à la hauteur de leurs attentes, et 73 % estiment qu’il sera remplacé d’ici un an. Autrement dit, Lecornu débute son mandat avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les citoyens eux-mêmes suggèrent une stratégie de survie : se tourner vers LR (55 %) ou le PS (53 %) pour éviter une censure parlementaire, voire vers le RN (51 %), mais surtout pas vers LFI, rejetée à 71 %.
En nommant un ex-ministre des Armées, Emmanuel Macron espérait s’appuyer sur le contexte international pour renforcer son autorité. Mais pour une majorité de Français, Lecornu incarne davantage la fuite en avant militaire que la recherche d’une solution politique. Discret, technicien, fidèle… il a tout du « compagnon de route » utile au président, mais peine à convaincre qu’il a l’étoffe d’un chef de gouvernement autonome.
Ainsi, le paradoxe est là : à l’étranger, il est perçu comme le continuateur docile du macronisme. En France, il est vu comme un Premier ministre de circonstance, déjà impopulaire et désavoué avant même d’avoir eu le temps de s’installer. L’impopularité du président Macron a trouvé son prolongement naturel en Sébastien Lecornu. Un « Premier ministre de la guerre », oui. Mais surtout un Premier ministre très mal aimé des Français.
Axel KONE