Face à un public de créateurs, d’intellectuels et d’acteurs culturels, la fondatrice a appelé à une relecture profonde des imaginaires du luxe. « L’Afrique n’a jamais manqué de luxe, elle a simplement manqué de miroir », a-t-elle affirmé, dénonçant une histoire trop souvent racontée de l’extérieur. Selon elle, LUX’AF est « né pour raconter ce que personne n’osait écrire jusqu’ici », en assumant pleinement l’existence et la légitimité d’un luxe enraciné dans les cultures, les savoir-faire et les valeurs africaines. « Le luxe africain existe. Il respire, il rayonne et il ne demandera plus jamais la permission d’exister », a-t-elle insisté.
À travers une dizaine de rubriques et ses portraits, le magazine célèbre un haut de gamme qui dépasse l’objet pour s’inscrire dans une mémoire collective. Il met en lumière maîtres artisans, créateurs et passeurs de traditions, tout en explorant les arts, les territoires et les cultures africaines comme espaces de création vivante. Le premier numéro rend hommage à des pionniers aux longues années de carrière, incarnant un savoir-faire audacieux et transmis. « À travers eux, une esthétique africaine élégante, ambitieuse et contemporaine s’ouvre au monde », souligne Mme Bakayoko.
Apportant un éclairage intellectuel, Dr Marc-Arthur Gaulithy, spécialiste des questions de management stratégique des innovations technologiques, et du management du luxe, a qualifié le lancement de cette trouvaille d’acte culturel fort. « Le luxe a traversé les siècles, s’adaptant à chaque époque sans jamais trahir son essence: la rareté sublimée par le savoir-faire. (…) Le luxe africain n’est pas une imitation, c’est une revendication. Sur le continent africain, les marques de luxe émergentes ne manquent ni d’audace, ni d’authenticité. Il y a des marques de luxe créées par des Africains qui transportent des valeurs africaines, un narratif véritablement enraciné », affirme-t-il. Toutefois, leur visibilité reste timide, freinée par un manque de structuration et de reconnaissance à l’échelle mondiale », a-t-il déclaré, rappelant que dans les sociétés africaines, le luxe s’exprime par la maîtrise des matières, la sacralité des gestes et la transmission des symboles. Du bogolan malien au kente royal, du Faso Dan Fani au cuir touareg, chaque création porte une mémoire. « En Afrique, un objet n’est jamais neutre. Le luxe est une relation, une mémoire vivante », a-t-il expliqué.
En clôture de la cérémonie, Mme Aïcha Karidja Bakayoko a remercié partenaires, experts et médias, invitant le public à découvrir ce magazine d’une centaine de pages, désormais présenté comme un outil de transmission culturelle et un langage de puissance au service de l’Afrique.
Eric KOUAKOU