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Depuis sa retraite en 2017, Didier Zokora n’a jamais tourné le dos au football. Après une carrière en Belgique, en France, en Angleterre, en Espagne et en Turquie, il est rentré en Côte d’Ivoire, où il a exercé comme directeur sportif de l’Académie de Football Amadou Diallo (Afad). « J’apporte ma pierre à l’édifice. Je veux transmettre mon expérience aux jeunes générations, comme nous l’avons reçu à l’époque de l’académie Jean-Marc Guillou », explique-t-il. Aux côtés d’anciennes gloires comme Yaya Touré, Aruna Dindane, Gervinho ou encore Emmanuel Eboué, Zokora entend contribuer à la formation des futurs talents ivoiriens.
« Faé a besoin de temps »
Les récentes performances mitigées des Éléphants dans les qualifications pour la Coupe du monde 2026 (victoires poussives contre le Burundi et la Gambie) ne l’inquiètent pas. « Jamais ! Il faut laisser du temps au sélectionneur. Les gens oublient qu’Emerse Faé est là depuis seulement un an. Il a déjà remporté la Can avec cette équipe, c’est un meneur d’hommes. Les ajustements viendront, mais l’essentiel, c’est de gagner », insiste-t-il. Confiant, il affirme que la Côte d’Ivoire sera un candidat sérieux au sacre lors de la prochaine Can en terre marocaine, malgré la concurrence du Maroc, du Nigeria et du Sénégal.
Interrogé sur la comparaison entre les milieux de terrain actuels (Seko Fofana, Franck Kessié, Jean Michaël Seri, Ibrahim Sangaré…) et ceux de son époque, Zokora refuse de trancher. « On n’a pas joué à la même époque, mais avec Yaya Touré, Romaric et moi, c’était très fort aussi. Yaya était incroyable, il pouvait gagner un match à lui seul. Romaric, c’était notre Diego Maradona », se remémore-t-il.
L’ancien pensionnaire de l’Académie Mimosifcom attribue la réussite du pays dans ce secteur à l’influence de Jean-Marc Guillou, qui a révolutionné la formation des jeunes Ivoiriens. « Il a su allier notre technique naturelle avec une efficacité redoutable », souligne-t-il.
Coachs africains en Europe
Pourquoi les légendes africaines peinent-elles à s’imposer comme entraîneurs en Europe ? Zokora se montre lucide : « Je vais être un peu ‘raciste’ : avez-vous vu un ancien international africain prendre les rênes d’un grand club européen ? La réponse est non ! », lâche-t-il, tout en félicitant son compatriote Habib Beye, entraîneur du Stade Rennais, et Emerse Faé, vainqueur de la dernière Can avec la Côte d’Ivoire. Selon lui, le temps finira par faire son œuvre, et plusieurs figures du football africain, comme Kolo Touré, Yaya Touré ou Romaric, pourraient s’imposer dans les années à venir.
Lorsqu’on lui demande de choisir entre Yaya Touré, Didier Drogba et Luka Modric, Zokora hésite, avant de trancher après réflexion en faveur de Yaya Touré : « Aïe, aïe, aïe… C’est chaud comme question ! Il pouvait prendre le ballon et décider du match à lui seul. Drogba, c’est une légende, un leader qui faisait peur aux défenseurs. Modric, on voit encore aujourd’hui ce qu’il est capable de faire en Ligue des champions. C’est du très lourd ! »
Beaucoup se sont interrogés sur sa relation avec Didier Drogba, notamment après la polémique du penalty manqué en finale de la Can 2012 et l’élection à la présidence de la Fif. Zokora met les choses au clair : « Il n’y a aucun souci entre Didier et moi. Nous avons tous les deux commis des erreurs de communication avant l’élection. Mais ce qui est sûr, c’est que nous aimons notre pays et nous avons tous les deux appris de nos erreurs », assure-t-il. Un sourire illumine son visage lorsqu’il évoque ses souvenirs de vestiaire. Le plus délirant de ses coéquipiers, Emmanuel Eboué. « Ce gars mettait l’ambiance avant chaque match. Il chantait, dansait, et en une seconde, il redevenait sérieux pour prier avec nous », révèle Zokora. Fort de sa franchise et son amour inconditionnel pour la Côte d’Ivoire, Didier Zokora reste un acteur majeur du football ivoirien. Pour lui, les Éléphants ont encore de belles pages à écrire.
A.KONE