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Bien qu’elle ne siège plus à l’Assemblée nationale depuis le 31 décembre 2025, l’ancienne parlementaire affirme conserver « un devoir de vigilance citoyenne » face aux enjeux institutionnels majeurs. Pendant quinze ans, rappelle-t-elle, les électeurs de Cocody lui ont accordé leur confiance. Une responsabilité qui, selon elle, ne disparaît pas avec la fin d’un mandat. Au cœur de sa prise de position : une question qu’elle juge fondamentale. Pourquoi dissoudre la CEI maintenant ?
Pour Yasmina Ouégnin, les arguments avancés par l’Exécutif manquent de cohérence. Elle relève que cette même institution électorale avait été publiquement félicitée par le gouvernement à l’issue de l’élection présidentielle d’octobre et des législatives de décembre 2025. Les autorités saluaient alors, dit-elle, le professionnalisme de l’organe électoral ainsi que la régularité des scrutins organisés. « Qu’est-ce qui a changé depuis ? Absolument rien », soutient-elle, laissant entendre que la CEI aurait été dissoute une fois sa « fonction de légitimation électorale » accomplie.
L’ancienne députée estime que cette décision révèle un paradoxe politique majeur. Selon elle, le pouvoir reconnaît implicitement les limites et les insuffisances de la Commission, alors même qu’il avait longtemps ignoré les critiques formulées par l’opposition et plusieurs acteurs de la société civile.
Dans son analyse, Yasmina Ouégnin rappelle que la CEI n’était pas une simple administration technique. Créée dans un contexte de crise politique, elle représentait un compromis destiné à soustraire l’organisation des élections au contrôle exclusif de l’État. Son objectif initial était de restaurer la confiance dans le processus électoral à travers une gestion plus consensuelle et des mécanismes de contrôle partagés.
Même imparfaite, souligne-t-elle, la CEI constituait un équilibre politique fragile mais nécessaire. Sa suppression « unilatérale », sans concertation nationale préalable, marquerait ainsi une rupture avec l’esprit de compromis qui avait prévalu pendant plus de deux décennies.
L’ancienne parlementaire redoute désormais un retour à un système dans lequel l’Exécutif contrôlerait directement l’organisation des élections, la nomination des responsables électoraux, la gestion du fichier électoral et la certification des résultats. « Loin d’être une amélioration, ce serait un pis-aller », avertit-elle.
Dans un contexte politique déjà tendu, Yasmina Ouégnin craint l’émergence d’une institution électorale entièrement dépendante du pouvoir exécutif, privée d’autonomie réelle et soumise à des logiques de loyauté politique. Elle évoque notamment les inquiétudes liées à la transparence du fichier électoral et aux futures échéances électorales, qu’elles soient locales ou nationales. Pour elle, le risque est clair : transformer « l’arbitre supposé impartial en simple greffier du pouvoir ».
Face à cette situation, l’ancienne députée appelle à l’ouverture urgente d’un dialogue national inclusif associant gouvernement, opposition et société civile afin de définir, de manière consensuelle, les règles d’organisation des prochaines élections. Elle exhorte également l’opposition ivoirienne à dépasser ses divisions internes pour défendre une plateforme commune reposant sur plusieurs exigences : l’indépendance effective de l’organe électoral, une composition collégiale équilibrée, un fichier électoral consensuel, un redécoupage équitable ainsi qu’un calendrier transparent.
Dans le même esprit, Yasmina Ouégnin invite les syndicats, les autorités religieuses, les chefs coutumiers et les organisations citoyennes à prendre clairement position sur cette question qu’elle considère comme « l’affaire de tous ». Elle appelle enfin les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire, notamment CEDEAO, Union africaine et Organisation des Nations unies, à suivre le dossier « avec la plus grande vigilance », estimant que le pays ne peut plus se permettre une nouvelle crise électorale.
Malgré son retrait des institutions, Yasmina Ouégnin affirme ne nourrir « aucune ambition personnelle ». Elle dit agir au nom d’une conviction démocratique profonde et d’un engagement citoyen qu’elle juge intact. « La démocratie ne se marchande pas », martèle-t-elle, promettant de continuer à dénoncer toute tentative de confiscation du processus électoral ou de retour à une forme de pensée unique.
À travers cette sortie publique, l’ancienne députée de Cocody signe l’une de ses prises de position les plus fermes depuis son départ de l’Assemblée nationale et s’impose à nouveau comme une voix critique du débat institutionnel ivoirien.
Axel KONE