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Une manœuvre saluée par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, dont la stratégie de marginalisation des Palestiniens s’accompagne d’un projet bien plus vaste : préparer le terrain à l’occupation totale de Gaza et à sa transformation en un champ de spéculation immobilière.
Mahmoud Abbas et plus de 80 responsables palestiniens se voient ainsi interdire l’accès au sol américain. Motif officiel : “le non-respect des engagements” et les “efforts pour obtenir la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien”. En clair, les États-Unis punissent les Palestiniens pour avoir osé revendiquer leurs droits et utiliser les outils du droit international, notamment la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice, contre l’occupation israélienne.
Derrière cette rhétorique, se cache une évidence : Washington ne veut pas entendre la voix des Palestiniens à l’ONU, là où elle résonne le plus fort. Cette décision s’inscrit dans un alignement sans nuance sur la politique de Nétanyahou. Depuis des années, le Premier ministre israélien rejette catégoriquement l’idée même d’un État palestinien. Son objectif est clair : rendre irréversible l’annexion des territoires et neutraliser toute contestation. Trump lui offre aujourd’hui une couverture diplomatique idéale en muselant la délégation palestinienne.
Ce bâillonnement ne doit pas être lu seulement comme une manœuvre politique conjoncturelle. Il s’inscrit dans un projet plus large : l’occupation totale de Gaza. Derrière la rhétorique sécuritaire se cache un appétit économique. Les terres palestiniennes, vidées de leurs habitants par la guerre et le blocus, pourraient devenir la matière première d’une vaste opération immobilière. La bande de Gaza, transformée en zone “réhabilitée” selon la vision israélo-américaine, offrirait alors des opportunités colossales aux investisseurs et aux promoteurs.
Délégitimer pour exproprier
En privant les responsables palestiniens de tribune internationale, Trump et Nétanyahou cherchent à délégitimer leurs interlocuteurs. Si les Palestiniens ne peuvent plus parler, ils deviennent invisibles. Et s’ils sont invisibles, leur dépossession devient d’autant plus facile.
La manœuvre est limpide : faire taire la voix d’un peuple pour mieux effacer sa présence.
Une communauté internationale mise au pied du mur
Face à cette offensive coordonnée, la question est désormais simple : la communauté internationale acceptera-t-elle de voir les Palestiniens bâillonnés et leurs terres transformées en marchés immobiliers au profit de quelques-uns ? Ou saura-t-elle défendre le droit d’un peuple à exister, à parler et à construire son avenir sur sa propre terre ?
Jean-François PAGNI