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L’hebdomadaire Die Zeit a levé le voile sur cette pratique controversée, mise en œuvre notamment dans des districts de l’est du pays. À Greiz, en Thuringe, tout demandeur d’asile qui n’est ni âgé, ni malade, ni mineur, ni engagé dans une formation, est automatiquement affecté à des travaux dits « d’intérêt général ». Le refus peut entraîner des sanctions sur les prestations sociales. Le choix est donc largement illusoire.
Pour justifier cette mesure, certains responsables locaux invoquent des intentions prétendument humanistes. Le conseiller de district Ulli Schäfer, membre de la CDU, se veut rassurant. Selon lui, ces heures de travail forcé seraient une occasion de créer du lien social. « Il faut que les gens parlent entre eux, apprennent à se connaître », explique-t-il, allant jusqu’à évoquer l’apprentissage des jurons allemands ou le sens du mot Prost comme preuve d’intégration culturelle.
Une rhétorique faussement bienveillante, presque paternaliste, qui peine à masquer la violence du dispositif. Car l’intégration ne peut pas se construire sur la contrainte, encore moins sur une rémunération dérisoire qui n’a rien d’un salaire. À 80 centimes de l’heure, on ne parle ni d’insertion professionnelle ni de dignité, mais d’un travail dévalué, réservé à une population considérée comme corvéable à merci.
« Des travailleurs de seconde zone »
Les critiques sont nombreuses et sévères. Le syndicat Ver.di dénonce une dérive dangereuse et appelle à « ne pas réduire les réfugiés à des travailleurs de seconde zone, exploités pour des salaires de misère ». L’association Pro Asyl va plus loin et qualifie le dispositif de « raciste et dégradant », rappelant que suggérer que les réfugiés ne souhaitent pas travailler relève d’un préjugé profondément ancré et infondé.
Le Conseil des réfugiés de Saxe, lui, n’hésite pas à employer les mots qui fâchent : pour l’organisation, cette mesure frôle le travail forcé. Une accusation lourde dans un pays dont l’histoire devrait précisément rendre ce type de pratiques impensable.
Une intégration sous contrainte, au mépris des droits humains
Au fond, cette politique révèle une contradiction flagrante. D’un côté, l’Allemagne affirme défendre les droits humains et l’État de droit. De l’autre, elle impose à des personnes vulnérables, souvent marquées par l’exil et les traumatismes, un travail obligatoire, faiblement rémunéré, sans véritable perspective d’emploi durable.
Loin de favoriser l’intégration, ces dispositifs risquent au contraire de renforcer la stigmatisation et le sentiment d’exclusion. Ils installent l’idée que certains peuvent être payés moins que rien, simplement parce qu’ils sont étrangers, précaires et dépendants de l’administration.
Derrière le discours officiel, une réalité s’impose : sous couvert d’intégration, des migrants sont transformés en main-d’œuvre à bas coût. Une pratique qui interroge profondément les valeurs que l’Allemagne dit vouloir défendre, et qui mérite d’être nommée pour ce qu’elle est : une exploitation honteuse, indigne d’un État démocratique.
J.F.PAGNI