Pour la première fois depuis la création du classement en 2015, Politico n’a pas choisi une personnalité vivant ou travaillant en Europe pour occuper la première place. L’honneur revient à Donald Trump. Une entorse assumée aux règles que le média justifie sans détour : « Personne n’a exercé plus d’influence sur l’Europe cette année que le président américain ». Partenaire imprévisible, menace stratégique ou arbitre brutal, Trump s’impose comme celui qui redéfinit la relation transatlantique pendant que les Européens, selon ses propres mots, « parlent mais ne produisent rien ».
Derrière ce choc transatlantique, la hiérarchie européenne se met en place. La Première ministre danoise Mette Frederiksen décroche la deuxième place pour son poids croissant sur les politiques migratoires et de défense. Le chancelier allemand Friedrich Merz s’installe en troisième position, porté par le réarmement accéléré de l’Allemagne et une diplomatie désormais plus musclée. À la quatrième place, Marine Le Pen confirme sa régularité dans ce classement, devançant même Vladimir Poutine. Surnommée le « cheval de guerre », la présidente du RN est créditée d’un nouveau retour en force, malgré son inéligibilité actuelle, misant sur une décision favorable de la cour d’appel en janvier.
Cette constance contraste fortement avec le parcours d’Emmanuel Macron. Longtemps choyé par Politico, couronné en tête de la « Class of 2020 » et installé pendant plusieurs années dans le Top 10, le président français connaît cette fois une chute spectaculaire. Il glisse à la 19e place, relégué dans le dernier tiers du classement, loin, très loin, des sommets qu’il affectionne tant.
Les journalistes américains lui ont attribué un surnom qui résume à lui seul la situation : le « coq blessé ». Une image cruelle pour un président qui multiplie les sommets, les discours grandiloquents et les mises en scène diplomatiques, persuadé d’incarner le leadership européen. Sa « passion » pour le rôle d’homme d’État sur la scène internationale et ses positions jugées « visionnaires » sont ici tournées en dérision, comme si l’activisme présidentiel ne suffisait plus à masquer l’érosion réelle de son influence.
Contraste saisissant
Le contraste est d’autant plus saisissant que, quelques mois plus tôt encore, Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, saluait à Davos « un leader dont le cœur bat pour l’Europe ». Dans les faits, l’Europe semble aujourd’hui battre sans lui, ou du moins sans lui accorder la place centrale qu’il revendique.
Deux autres Français font leur entrée dans cette « Class of 2026 ». L’économiste Gabriel Zucman se hisse à la 15e place, récompensé pour son influence sur les débats fiscaux et la taxation des grandes fortunes. L’eurodéputée LFI Rima Hassan apparaît en 26e position, signalant l’émergence de nouvelles figures françaises à Bruxelles, loin des dorures de l’Élysée.
En creux, ce classement sonne comme un rappel sévère : à force de vouloir être présenté comme le grand leader de l’Europe, Emmanuel Macron finit par en devenir la caricature. Beaucoup de discours, beaucoup de postures, mais une influence qui s’effrite. Politico ne s’y trompe pas : le président français parle encore au nom de l’Europe, mais l’Europe, elle, semble de moins en moins l’écouter.
J.F.PAGNI