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La pression monte. Jeudi 24 juillet, une quarantaine d’anciens ambassadeurs européens ont publié une lettre ouverte cinglante contre l’inaction de l’Union européenne face à ce qu’ils nomment clairement : un risque de génocide en cours à Gaza. Dans ce texte, ces anciens diplomates dénoncent l’absence de sanctions, l’alignement sur les positions américaines et le renoncement politique de l’Europe au respect du droit international.
« L’Europe ne peut pas se contenter d’exprimer son inquiétude pendant que des civils sont massacrés. Elle a des moyens. Elle a des responsabilités », peut-on lire dans cette lettre.
Société civile en mouvement
Ce sursaut diplomatique s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis plusieurs mois, des mouvements citoyens s’organisent à travers l’Europe pour tenter de briser l’impunité israélienne, face à un gouvernement israélien qui poursuit son offensive à Gaza sans frein ni condamnation sérieuse.
Cette semaine, plusieurs actions ont marqué les esprits. En Grèce, mardi, des manifestants ont bloqué un navire de croisière israélien dans le port du Pirée, dénonçant le rôle du secteur touristique israélien dans le blanchiment de l’image de guerre du pays. En Belgique, lundi, deux soldats israéliens en vacances ont été interpellés à la suite de plaintes déposées par des associations locales invoquant la compétence universelle pour crimes de guerre. En Méditerranée, un nouveau navire humanitaire a quitté l’Europe dimanche dans le but déclaré de « briser le blocus israélien » imposé à Gaza, malgré les menaces et les obstacles imposés par Israël.
À travers l’Europe, des campagnes de boycott économique et académique prennent de l’ampleur, visant à interrompre toute collaboration avec des institutions israéliennes liées à l’armée ou à la colonisation.
L’UE, entre hypocrisie et complicité
Malgré l’ampleur des mobilisations et les accusations grandissantes contre Israël -y compris de la part d’ONG israéliennes comme B’Tselem ou Physicians for Human Rights – l’Union européenne continue de tergiverser. Aucun embargo sur les armes, aucun gel d’accords économiques, aucune mesure contraignante n’a été adoptée.
Pire, dans certains pays comme la France ou l’Allemagne, les manifestations pro-palestiniennes sont régulièrement réprimées, pendant que les gouvernements réaffirment leur « soutien inconditionnel au droit d’Israël à se défendre », sans jamais conditionner ce soutien au respect du droit international. Ce double discours affaiblit la crédibilité de l’Europe sur la scène mondiale, selon plusieurs observateurs. « Comment l’UE peut-elle prétendre défendre les droits humains en Ukraine, et fermer les yeux sur ce qui se passe à Gaza ? », interroge un membre d’Amnesty International.
Briser le silence ou renoncer aux principes
À Gaza, les conséquences sont tragiques : plus de 59 000 morts en majorité des civils, des infrastructures civiles systématiquement ciblées, un système de santé à l’agonie, une famine orchestrée, des millions de personnes déplacées ou piégées sous les bombes.
La société civile ne demande pas l’impossible. Elle exige que les États européens appliquent le droit qu’ils prétendent défendre : suspendre les accords de libre-échange, imposer un embargo sur les armes, soutenir les procédures en cours à la Cour pénale internationale et à la Cour internationale de justice, et surtout, mettre fin au double standard.
En brisant le silence, les peuples européens rappellent que la diplomatie ne doit pas être un alibi de lâcheté. Face à un génocide en marche, l’inaction n’est plus une option : c’est une complicité.
J.F. PAGNI