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Emmanuel Macron, flanqué de Volodymyr Zelensky, a présenté cette initiative comme un « tournant ». Le Premier ministre britannique Keir Starmer, encore en rodage diplomatique, s’est joint à l’exercice. Les caméras étaient au rendez-vous, le vocabulaire martial aussi. Pourtant, au fil des heures, une évidence s’est imposée : cette « force européenne » ne repose ni sur un calendrier précis, ni sur un mandat clair, encore moins sur un engagement militaire substantiel.
Les 26 capitales engagées ne parlent pas d’une seule voix. Chacune promet une contribution symbolique, quelques centaines d’hommes tout au plus, des contingents destinés davantage à témoigner qu’à combattre. Autant dire une addition de petites annonces présentées comme un « front uni ». Mais une force d’appoint éparse ne fait pas une stratégie.
Le plus amer, paradoxalement, fut Zelensky lui-même. Loin de se réjouir, il s’est montré sceptique, qualifiant cette promesse d’aide de « théorique ». Traduction : l’Ukraine n’attend plus grand-chose des Européens, sinon un théâtre diplomatique de plus. Même l’hôte ukrainien du sommet se fait critique, c’est dire la portée réelle de ce qu’on appelle pompeusement une « garantie de sécurité ».
À Moscou, on ne s’y trompe pas. Les responsables russes ont immédiatement dénoncé l’« irresponsabilité » de tout projet de déploiement occidental en Ukraine, mais derrière la fermeté affichée perce une pointe d’amusement. La machine médiatique russe s’est régalée du contraste entre les grandes envolées parisiennes et la maigreur des engagements.
Au fond, cette réunion illustre l’impasse stratégique européenne : une volonté politique fragmentée, un vocabulaire martial mais des moyens limités, une promesse collective qui ressemble à une déclaration d’intention. De quoi nourrir les sarcasmes adverses et renforcer l’image d’une Europe plus bavarde qu’efficace.
J.F.PAGNI