En effet, prétextant d’une rencontre avec des hommes de médias, dimanche 26 janvier 2025, dans ses bureaux de la mairie de Port-Bouët, l’élu local a soutenu que le quartier Abattoir est inscrit dans le périmètre de la commune et appartient, par conséquent, à la mairie dont il est le premier responsable.
Citant les dispositions du décret N° 80-1184 du 18 octobre 1980 fixant le ressort territorial des communes de la ville d’Abidjan, le conférencier a précisé que les quartiers « Zone industrielle de Vridi ; Sogefiha-Vridi ; Petit-Bassam ; Abattoir ; Sogefiha I ; Camp-militaire-Aéroport ; Port-Bouët (centre) ; Gonzagueville ; Abouabou, et les villages de Brakré ; Vridi » sont tous inclus dans le périmètre de la commune de Port-Bouët, conformément à l’article 4 dudit décret.
« À l’évidence de ce texte réglementaire, le quartier Abattoir est la propriété de la commune de Port-Bouët, et donc sous la responsabilité de ses autorités municipales. La mairie de Port-Bouët est bien curieuse de ne pas comprendre que le ministre-gouverneur, expert-juriste de son état, ne puisse produire un seul titre selon la législation ivoirienne pour mettre fin au débat sur la propriété dont il se prévaut sur le quartier Abattoir de Port-Bouët », a-t-il fait valoir.
Emmou Sylvestre a appelé le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan à dissocier les entités « Abattoir, lieu d’abattage des bétails ainsi que le parc à bétail », dont il a l’exploitation, du « quartier Abattoir ».
Au surplus, le député-maire, a fait remarquer que les anciennes dispositions notamment « la loi N° 55-1489 du 18 novembre 1955 portant réorganisation municipale en Afrique Occidentale Française, en Afrique Equatoriale Française, au Togo, au Cameroun et à Madagascar, ainsi qu’à un acte délibératif du conseil préfectoral N°II-56 CP du 06 décembre 1956 » de l’époque coloniale, dont se prévaudrait le ministre-gouverneur ont, toutes, été abrogées par le décret susmentionné.
Dans sa lancée, Emmou Sylvestre a battu en brèche l’argument du ministre-gouverneur selon lequel Abattoir serait la propriété du district du fait que des habitants, de l’époque du gouverneur, Djédjé Amondji Pierre, payaient leurs loyers auprès de ses services. Il a souligné que cette « déduction » ne devrait pas se faire surtout que les services de la mairie ont en leur possession « la liste d’habitants qui payent régulièrement leurs taxes d’Odp (Occupation du domaine public : Ndlr) dans les caisses de la mairie de Port-Bouët ainsi que leurs lettres d’autorisation, depuis l’époque de madame le maire Hortense Aka Anghui ».
Mode opératoire décrié
Le premier magistrat de la commune de Port-Bouët a dénoncé les conditions dans lesquelles l’opération de déguerpissement a été faite dans le quartier Abattoir. « Le déguerpissement des populations du quartier Abattoir s’est déroulé nuitamment, pendant une période de forte pluie et d’examens scolaires à grand tirage, jetant ainsi plus de 4500 foyers dans les rues, sans assistance, sans recasement préalable, sans accompagnement de quelque nature que ce soit. Le déguerpissement systématique et total du quartier Abattoir ne correspond pas aux suggestions que le maire a faites au ministre-gouverneur lors de la réunion du Cadre permanent de concertation (Cpc) des maires qui s’est tenue en avril 2024 à Port-Bouët. Lors de cette rencontre, le maire a remis au ministre-gouverneur une liste de zones à traiter selon les réglementations en vigueur, et conformément aux recommandations du Cpc qui invitent à des opérations conjointes entre les services du district d’Abidjan et ceux des mairies concernées », a signifié Emmou Sylvestre.
Il a fait observer qu’à la suite des déguerpissements, à la surprise générale, une opération « d’aménagement » a été initiée par le district sans concertation avec la mairie, prenant ainsi le contre-pied de « l’article 7 de la loi N° 2003-208 du 07 juillet 2003 portant transfert et répartition des compétences de l’Etat aux collectivités territoriales ». Cet article stipule que « la réalisation d’un équipement sur le territoire d’une collectivité territoriale ne peut être entreprise par l’Etat ou par une autre collectivité territoriale sans consultation préalable de la collectivité concernée ».
Rappelons que jeudi 16 janvier 2025, lors d’un déjeuner de presse pour dresser le bilan de sa première année à la tête du District autonome d’Abidjan, Cissé Bacongo avait évoqué la situation du quartier Abattoir. « En 2018 déjà, le quartier Abattoir de Port-Bouët avait été visé pour être déguerpi par le ministre-gouverneur d’alors, aujourd’hui Premier ministre, chef du gouvernement, ministre des Sports et du Cadre de vie, Beugré Mambé… L’espace appartient au district… Le quartier Abattoir était une zone de non vie…
On n’a pas demandé l’autorisation au maire pour déguerpir parce que ça ne lui appartient pas…On a divisé l’espace en trois (3) zones », avait-il déclaré.
E.K.