Un soutien implicite à la Russie ?
« Les Russes ont pris beaucoup de territoires, donc ils ont les cartes en main », a déclaré Donald Trump à bord d’Air Force One, devant plusieurs journalistes. Le président américain, qui envisage une rencontre prochaine avec Vladimir Poutine, semble renforcer la perception d’un alignement croissant avec Moscou.
Cette déclaration intervient alors que Volodymyr Zelensky, que Trump a qualifié plus tôt dans la journée de « dictateur », s’apprête à recevoir à Kiev l’émissaire spécial américain Keith Kellogg. L’attaque verbale du président américain ne s’est pas arrêtée là : il a également critiqué Zelensky pour son refus d’organiser des élections, insinuant que sa popularité était en baisse. « Il est mal placé dans les sondages ukrainiens. Comment peut-on être bien placé alors que toutes les villes sont démolies ? », a-t-il lancé, dans des propos relayés par la BBC.
Un Zelensky fragilisé
Malgré ces accusations, un sondage de l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS) révèle que 57 % des Ukrainiens interrogés en février affirment faire confiance à leur président, tandis que 37 % expriment l’opinion contraire. Zelensky, qui subit les répercussions du rapprochement de Trump avec Poutine, a néanmoins exprimé son espoir de voir émerger un dialogue « constructif » avec l’émissaire américain. Son mandat, qui aurait dû expirer en mai 2024, n’a pas été renouvelé par des élections en raison du contexte de guerre et de la loi martiale en vigueur. La situation est d’autant plus complexe que 20 % du territoire ukrainien est actuellement sous occupation russe et que des millions de citoyens ont été contraints à l’exil.
Trump et la réécriture du conflit
À quelques jours du troisième anniversaire de l’invasion russe du 24 février 2022, Volodymyr Zelensky a réaffirmé que l’Ukraine souhaitait la fin du conflit « dès ses premières secondes ». En réponse aux attaques de Trump, il a dénoncé la posture du président américain, l’accusant d’être influencé par « la désinformation » russe et de contribuer à « la réhabilitation » de Vladimir Poutine sur la scène internationale.
Mardi, Trump avait déjà critiqué la réaction de Zelensky face aux discussions russo-américaines en Arabie saoudite. L’Ukraine avait dénoncé ces pourparlers comme étant menés « sur l’Ukraine sans l’Ukraine ». En réponse, Trump a rétorqué : « Vous auriez dû y mettre un terme il y a trois ans. Vous n’auriez jamais dû la commencer », une déclaration qui semble ignorer la responsabilité de la Russie dans le déclenchement du conflit.
Des inquiétudes croissantes à Kiev
Les propos de Donald Trump ont provoqué une vive réaction en Ukraine. « J’ai l’impression que Trump a peur de Poutine », a confié Ivan Banias, un militaire de 51 ans interrogé par l’AFP à Kiev. Une autre habitante de la capitale, Svitlana Oleksandrivna, 65 ans, a dénoncé un discours calqué sur la rhétorique du Kremlin : « C’est comme si Moscou écrivait ses discours. »
Pendant ce temps, Vladimir Poutine s’est félicité de la reprise des discussions avec les États-Unis, quelques heures après la rencontre entre son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue américain, Marco Rubio, en Arabie saoudite. « Sans renforcer le niveau de confiance entre la Russie et les États-Unis, il est impossible de résoudre de nombreux problèmes, y compris la crise ukrainienne », a déclaré le président russe.