Derrière la question de la réintégration des athlètes russes et biélorusses, c’est un malaise plus profond qui s’exprime. Celui d’un système qui sanctionne ici… et détourne le regard ailleurs. Faraj Benlahoucine ne prend pas de gants. Il parle d’un « double standard honteux ». Pour lui, le sport ne peut pas prétendre défendre la justice tout en s’accommodant d’injustices flagrantes. Suspendre certains pays et en épargner d’autres, c’est trahir les principes mêmes que les institutions sportives brandissent.
Le constat est partagé, parfois avec plus de nuances, mais rarement contesté. Faceleya Oulare avance une solution pragmatique : permettre aux athlètes de concourir sous bannière neutre. Une voie déjà testée, imparfaite mais utile. À condition, dit-il, de ne pas s’arrêter là. Car la vraie question reste entière : pourquoi certaines violations entraînent-elles des sanctions, et d’autres non ? David Isabirye va plus loin. Pour lui, le problème n’est pas seulement politique, il est moral. Le sport ne peut pas parler d’éthique tout en adaptant ses décisions au contexte géopolitique. Tant que les règles changeront selon les acteurs en jeu, la suspicion restera. Et avec elle, la perte de confiance. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Nadia El Amrani le rappelle avec clarté : l’universalité ne peut pas être un slogan. Si le sport est vraiment universel, il doit accueillir tous les athlètes qui respectent les règles. Sinon, il devient un outil de tri… et donc de pouvoir. Même exigence chez Patrick Okello, qui recentre le débat sur une idée simple : l’équité, ce n’est pas traiter tout le monde pareil en apparence, c’est appliquer les mêmes critères à des situations comparables. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Et ce décalage se voit. Aïssata Traoré ramène enfin le débat à hauteur d’homme. Derrière chaque exclusion, il y a une carrière, souvent brève, parfois unique. Sanctionner sans distinguer les responsabilités individuelles, c’est condamner sans juger.
Peut-on encore appeler cela de la justice ?
Au fond, comme le résume Samuel Moukoko, le sport est face à un choix qu’il ne peut plus esquiver : rester réellement neutre, ou assumer qu’il est devenu un instrument politique. Mais continuer à naviguer entre les deux alimente un soupçon permanent. Et ce soupçon fragilise tout. À Tanger, aucun consensus total n’a émergé sur le cas des athlètes russes et biélorusses. Mais une exigence commune s’est imposée : celle de la cohérence. Car sans règles claires, appliquées à tous, le sport ne rassemble plus. Il divise. Et à force de vouloir arbitrer le monde, il pourrait bien perdre ce qui faisait sa force : être un espace à part.
J.F.PAGNI