Depuis janvier 2025, Donald Trump a signé plusieurs centaines de décrets présidentiels, souvent sans concertation avec le Congrès. Il a lancé des expulsions massives de migrants, limogé des milliers de fonctionnaires fédéraux, remis en cause des politiques environnementales et sociales, et retiré les États-Unis de plusieurs accords et institutions internationales. Sur le plan extérieur, il a ordonné plus de 600 frappes aériennes, fait arrêter un chef d’État étranger, ravivé la guerre commerciale et affiché ses ambitions sur le Groenland, au nom d’une vision brutale de la puissance américaine.
Cette gouvernance verticale, revendiquée au nom de « l’Amérique d’abord », a ravivé les tensions internes. À Washington, New York, Los Angeles ou Chicago, des manifestations se succèdent pour dénoncer ce que de nombreux citoyens et élus qualifient de dérive autoritaire. Concentration du pouvoir exécutif, attaques contre les contre-pouvoirs, mise au pas de l’administration fédérale et remise en cause des normes démocratiques inquiètent une partie croissante de la population.
« Trump gouverne par le conflit », résume un professeur de science politique à Georgetown. « Il ne cherche pas le compromis, il le disqualifie. » Dans les rues de la capitale fédérale, les slogans dénoncent un président accusé d’affaiblir les institutions, d’exacerber les divisions raciales et culturelles, et de transformer le débat public en champ de bataille permanent.
Mais à quelques centaines de kilomètres de là, dans la Pennsylvanie rurale ou l’Ohio industriel, le discours est radicalement différent. Dans ces territoires qui ont largement contribué à sa victoire, Donald Trump demeure une figure quasi intouchable. Pour nombre de ses électeurs, il incarne enfin un président qui parle « vrai », défend les intérêts nationaux et s’attaque aux élites politiques, économiques et médiatiques jugées déconnectées.
« Il est le seul à nous avoir écoutés », confie un ancien ouvrier d’une usine sidérurgique fermée depuis dix ans. Les droits de douane, la fermeté migratoire et la posture internationale musclée sont perçus comme des signes de rétablissement de la souveraineté américaine. Même ses excès verbaux sont excusés, voire applaudis, comme l’expression d’une authenticité rare dans le monde politique.
Cette fracture dépasse désormais les clivages traditionnels entre Républicains et Démocrates. Elle traverse les familles, les communautés, les églises et les lieux de travail. L’Amérique de Donald Trump n’est plus seulement divisée politiquement : elle est séparée dans sa perception même de la réalité.
Au sein du Parti républicain, la fidélité reste forte, mais elle n’est plus exempte de tensions. Certains élus s’inquiètent en privé des conséquences électorales et institutionnelles de cette radicalisation permanente, tandis que la base MAGA pousse le président à aller toujours plus loin. Le parti apparaît de plus en plus structuré autour d’un homme et de sa vision, au détriment d’un projet collectif.
Un an après le début de ce second mandat, le constat est sans appel : Donald Trump n’a pas rassemblé l’Amérique, il l’a polarisée à un niveau inédit. Pour ses partisans, il restaure une nation affaiblie. Pour ses opposants, il fragilise la démocratie. Entre ces deux récits irréconciliables, le pays semble avancer sans boussole commune, au risque de voir ses fractures devenir durables.
J.F.PAGNI