Le pouvoir de Niamey vole au secours de la junte malienne, accablée depuis quelques semaines par la pénurie de carburant à travers tout le pays. Nouakchott (1437 km), Nouadibhou (1912 km), Dakar (1285 km) et Niamey (1 400 km) sont trop distancées voire inaccessibles pour Bamako. Avec le blocus du JNIM, Assimi Goïta préfère désormais payer son carburant à Abidjan (1118 km), ce qui minimise relativement coûts et incidents.
Entre Niamey et Bamako, la solidarité prime sur la peur. Confronté à une sévère pénurie de carburant depuis plusieurs semaines, le Mali peut désormais compter sur le soutien de son allié nigérien. Dans une décision rendue publique le 29 octobre à Niamey, le général Abdourahamane Tiani a ordonné l’envoi de cent citernes de carburant vers Bamako, au nom de la coopération entre États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La capitale malienne, coupée de plusieurs voies d’approvisionnement en raison du blocus imposé par les groupes armés du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), vit au ralenti. Stations-service fermées, transports paralysés, économie asphyxiée : le carburant est devenu un bien rare dans un pays déjà éprouvé par l’insécurité et l’isolement diplomatique.
L’itinéraire Bamako semée d’embûches
Sur le papier, la distance entre Niamey et Bamako (environ 1 400 kilomètres via le Burkina Faso) semble franchissable. Dans les faits, le trajet est semé d’embûches. Entre zones sous tension et routes dégradées, la mission relève du parcours du combattant. Lors d’une réunion convoquée à Niamey avec les transporteurs, le ministre du Transport a rappelé la décision ferme du gouvernement : les camions partiront, quoi qu’il en coûte. Mais sur le terrain, les chauffeurs, souvent livrés à eux-mêmes face aux groupes armés, ont exprimé leurs inquiétudes. « Personne ne veut être en tête de convoi », aurait confié l’un d’eux.
Le souvenir des camions maliens et ivoiriens incendiés sur l’axe Bamako-Kayes ou Zégoua-Bougouni hante encore les esprits. Selon des indiscrétions, les autorités nigériennes auraient exercé de fortes pressions sur les transporteurs pour obtenir leur coopération, allant jusqu’à menacer de sanctions ceux qui refuseraient d’exécuter les ordres.La première vague de soixante camions-citernes est déjà prête, selon des sources proches du ministère nigérien du Pétrole. Ces chauffeurs, pour la plupart aguerris aux pistes sahéliennes, devront franchir des zones où la présence du JNIM rend chaque kilomètre périlleux.
Face à la crise, Assimi Goïta avait déjà trouvé une solution temporaire en se tournant vers Abidjan. À un peu plus de 1118 kilomètres, la capitale économique ivoirienne offre un point d’approvisionnement plus sûr, même si le coût logistique reste évaluable. Cette option, bien que pratique, ne peut répondre à la demande nationale. D’où l’importance du soutien nigérien. La pénurie a révélé la vulnérabilité énergétique du Mali, enclavé et dépendant de ses voisins pour la quasi-totalité de ses importations.
Depuis leur rupture avec la CEDEAO et les tensions récurrentes avec les pays occidentaux, les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso ont fait de la solidarité intra-sahélienne le socle de leur coopération. En ordonnant l’envoi des citernes, Tiani réaffirme cette ligne politique. Le message s’adresse autant à Bamako qu’à l’extérieur : malgré les sanctions, l’AES entend se suffire à elle-même et se soutenir mutuellement. Ce convoi est un important transfert de carburant, une manière de montrer que les États sahéliens peuvent se passer des circuits traditionnels contrôlés par les grandes puissances ou les organisations régionales.
Cependant, les risques sont réels. Le convoi devra traverser des zones où les attaques de groupes armés sont fréquentes. Les transporteurs craignent des embuscades ou des sabotages, surtout dans les corridors frontaliers entre le Burkina Faso et le Mali. Niamey a promis de mobiliser des escortes militaires pour sécuriser le trajet, mais la menace demeure. Derrière cette aide, c’est aussi une alliance militaire et idéologique qui se consolide. Le général Tiani et le colonel Goïta, tous deux arrivés au pouvoir par des coups d’État militaires, partagent une vision commune : celle d’une souveraineté retrouvée et d’une coopération « entre frères d’armes ».
Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré, troisième pilier de cette union, observe de près l’évolution de cette opération. À Bamako, cette aide est accueillie comme un signal fort. Les médias publics ont salué un « geste fraternel » et un « symbole d’unité sahélienne ». La dépendance énergétique du Mali et, plus globalement, de l’ensemble du Sahel. Malgré leurs richesses naturelles, ces pays demeurent tributaires des importations pour l’essentiel de leurs besoins en carburant. La guerre en Ukraine, les sanctions économiques et la fermeture de certains corridors commerciaux ont aggravé la situation.
J.F.PAGNI