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Un compatriote ivoirien l’avait incité à venir jouer en Côte d’Ivoire. Alpha Blondy l’avait alors accueilli avec sa troupe, dans une ambiance chaleureuse qui deviendrait le début d’une relation artistique forte. « Une profonde tristesse planait hier au fond de mon âme… Jimmy est parti… Jimmy Cliff. La première fois que j’ai rencontré Jimmy, c’était devant la porte de ma maison en Zone 4, à Abidjan. Il arrivait du Cameroun en urgence avec ses musiciens après avoir été victime d’escroquerie par un promoteur véreux. Un Ivoirien présent dans leur hôtel l’a invité à venir faire un concert à Abidjan. Dès leur arrivée, je les ai mis à l’aise dans les bonnes conditions… façon Bracodi Bar (un célèbre bar dancing à Adjamé dans les années 70 à 90, Ndlr). Et ils ont apprécié l’accueil africain. Surtout les musiciens, car Jimmy ne fumait pas d’herbe », a révélé Alpha dans une publication sur sa page Facebook.
Et d’ajouter : « C’est ainsi que le grand frère Jimmy Cliff et moi avons partagé la scène de mes deux concerts en Côte d’Ivoire, au Stade Houphouët-Boigny d’Abidjan et au Stade de Bouaké, en 1984 ». Blondy débute alors, Cliff est « déjà reconnu partout, lui était déjà cette incroyable légende, et pourtant, dans son immense humilité, il a voulu ouvrir ces deux concerts ». Ce geste, rare pour une star de son envergure, marque durablement lechanteur ivoirien, qui y voit une leçon d’humilité.
Blondy chez Cliff
Trente ans plus tard, en 2014, le Jamaïcain renouvellera ce soutien lors du festival Reggae on the River. Deux ans après leurs premiers concerts communs, Alpha Blondy se rend en Jamaïque. Jimmy Cliff lui ouvre gratuitement son studio de Kingston et lui offre la possibilité de répéter avec les Wailers. Un cadeau que le chanteur n’a jamais oublié : « Et lorsque je me suis rendu en Jamaïque en 1986, à Kingston, il m’a permis de répéter gratuitement avec les Wailers dans son studio. On préparait l’album Jérusalem. En bien d’autres occasions, nous avons partagé les mêmes scènes, toujours joyeux et bienveillant… ».
Au fil des années, les deux artistes se retrouvent sur de nombreuses scènes. Toujours avec la même joie, la même simplicité. En 2009, ils sont nommés ensemble Ambassadeurs de la Paix par la Cedeao à Port Harcourt, au Nigeria. Une consécration symbolique pour deux hommes convaincus du pouvoir social et spirituel du reggae.
Pour Alpha Blondy, Jimmy Cliff était un « homme de racines », un artiste habité par une mission de paix, d’amour et de liberté. « Il a aidé énormément d’artistes et ouvert discrètement, mais largement, les portes du show-business à de nombreux talents, y compris à Bob Marley, qu’il a présenté au producteur Leslie Kong », se souvient Alpha Blondy, évoquant aussi ce lien presque mystique entre le chanteur jamaïcain, ses drums et le public, comme une passerelle entre la terre et le ciel. « C’était un homme de racines, un homme ancêtre, un homme céleste. Un bongo man… Il faisait vibrer nos cœurs d’émotions uniques : dès qu’il caressait ses drums, un pont quasi mystique se dessinait entre la terre et le ciel… et sa voix transmettait un faisceau d’énergies vitales », souligne l’auteur de l’album Brigadier sabary.
Aujourd’hui, la voix qui a porté la Jamaïque aux quatre coins du monde s’est tue. Mais pour Alpha Blondy, son message ne disparaîtra pas. « Tu laisses en héritage ce que tu chérissais le plus : paix, amour et liberté. Et je sais que c’est dans cette trilogie de valeurs que le Ciel t’ouvre ses bras aujourd’hui… », écrit-il. Jagger salue un « pionnier altruiste », un « pilier du reggae » qui a éclairé des générations d’artistes. Son hommage s’achève comme une prière. Un souhait simple, fidèle à l’esprit du reggae : « que l’âme de Jimmy Cliff voyage en paix, libre et sereine ».
A.KONE