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La crise, ouverte depuis plusieurs mois, avait contraint l’État à intervenir. Le 20 mai 2025, le ministre des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, avait nommé DICOH Balamine administrateur provisoire de la mutuelle, sur recommandation de la Commission Régionale du Contrôle des Assurances. Sa mission: apaiser les tensions, protéger les sociétaires et préparer l’organisation d’une Assemblée générale destinée à renouveler les organes dirigeants, après plusieurs mois de blocage et d’accusations de mauvaise gestion.
« Un braquage institutionnel »
Lors d’une conférence de presse, le président de la FIPETCA, Sylla Lanciné, a dénoncé ce qu’il considère comme l’origine du chaos actuel: une plainte qu’il juge infondée contre la direction générale de la MATCA et son Conseil d’administration. Selon lui, cette démarche émane d’un « collectif sans qualité » cherchant à renverser les dirigeants de la mutuelle.
Pour la FIPETCA, l’affaire relève d’un « braquage institutionnel ». La fédération dit avoir accepté l’administration provisoire par sens de responsabilité, mais estime que la médiation engagée n’a rien résolu. Ses deux demandes principales — réhabiliter le Conseil d’administration suspendu et retirer la plainte — seraient restées lettre morte. La faîtière accuse désormais le Haut conseil d’avoir « confisqué » le processus de médiation et de vouloir imposer un mécanisme jugé inutile: la création de groupes de travail dans chaque commune du district d’Abidjan. « Cette approche ne réglera rien. Elle ne fera que diviser davantage », affirme Sylla Lanciné.
Un secteur en perte de vitesse
Au-delà du conflit institutionnel, la FIPETCA décrit un secteur en grande difficulté. « L’état du secteur est mauvais. La crise imposée par le Haut conseil l’a encore fragilisé », a alerté son président. Selon ses chiffres, le parc des taxis-compteurs est passé de 22 000 véhicules à environ 8 000 en quelques années. Une chute qu’il attribue à la paralysie de la MATCA, à l’absence de projets pour moderniser le secteur et à une perte durable de confiance.
« Si rien n’est fait, dans cinq ans, les taxis-compteurs vont disparaître », prévient-il.
Soupçons de détournements
Les administrateurs délégués de la MATCA, Maliki Diabaté et Cissé Bassiriki, tous deux vice-présidents de la FIPETCA, ont évoqué de leur côté des irrégularités financières qu’ils jugent graves. Ils affirment qu’un total de 425 millions de francs CFA aurait été retiré des comptes de la mutuelle en à peine un mois dans deux établissements bancaires. « Quand on compare ces sorties d’argent aux recettes du même mois, estimées à environ 600 millions, c’est un braquage », accuse Cissé Bassiriki. La fédération indique avoir engagé des démarches pour comprendre ces mouvements financiers et n’exclut pas de poursuivre les banques concernées.
Une gouvernance toujours bloquée
Pour la FIPETCA, la situation institutionnelle reste floue. Elle rappelle qu’elle est la seule faîtière habilitée à représenter les propriétaires de taxis-compteurs auprès de la MATCA et affirme que toute sortie de crise doit passer par elle. Concernant l’élection d’un nouveau Conseil d’administration, la fédération assure que le ministère de l’Économie et des Finances aurait demandé un report, invoquant le contexte politique de la présidentielle 2025. Une feuille de route est attendue d’ici la fin décembre.
« Si rien n’est fait, nous allons nous faire entendre », avertit Sylla Lanciné, appelant l’État à garantir un processus neutre et à empêcher toute instrumentalisation de la mutuelle.
J.F.PAGNI