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L’illusion d’un messie politique
En mai 2017, Macron surgissait comme un phénomène politique inédit. Plus jeune président de l’histoire française, passé par l’ENA et la banque d’affaires, il séduisait par son assurance et son talent oratoire. Il promettait une “révolution” qui transcenderait la gauche et la droite, un mouvement citoyen qui balayerait les partis traditionnels et donnerait à la France une respiration démocratique nouvelle.
Pendant un temps, le pari a fonctionné : socialistes et républicains, laminés, semblaient hors jeu. L’Europe voyait en lui le visage d’une génération capable de défendre à la fois l’ouverture économique et le progrès social.
Mais cette révolution n’a jamais pris corps. Derrière le vernis réformateur, Macron a gouverné seul, par ordonnances, par coups tactiques, par une communication brillante mais sans racines politiques. Les partis traditionnels n’ont pas été remplacés par un mouvement structuré, mais par une cour présidentielle. Le “nouveau monde” s’est réduit à une majorité artificielle, faite de députés novices, vite broyés par la logique verticale du pouvoir.
La France, loin de s’émanciper, s’est enlisée dans ses fractures : une colère sociale persistante (des “gilets jaunes” aux retraites), une dette publique qui explose, et un Parlement plus divisé que jamais.
L’échec du pari Bayrou
Le 8 septembre, quand François Bayrou a engagé la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale, tout a basculé. Le rejet massif du vote de confiance – 364 contre, 194 pour – a confirmé que la France est ingouvernable sous ce schéma. Bayrou, figure rassurante censée incarner la modération, n’aura été qu’un fusible supplémentaire, sacrifié au profit d’un président obsédé par sa propre survie politique.
L’épisode illustre un paradoxe : Macron s’appuie sur des Premiers ministres interchangeables, mais refuse toute véritable coalition. Résultat : chaque chef de gouvernement est condamné à l’échec, dans une Ve République qui devient un théâtre d’ombres.
Le macronisme souffre d’une malédiction : son fondateur est brillant, charismatique, capable de capter l’attention du monde. Mais son ego surdimensionné l’empêche d’entendre, de partager, de négocier. Là où il fallait bâtir un collectif, il a érigé une monarchie élective. Là où il fallait inventer une culture du compromis, il a préféré l’affrontement. Huit ans plus tard, les résultats sont patents : un pays affaibli, des institutions usées, une dette incontrôlable, et une société qui se détourne massivement de la politique.
L’Élysée promet un nouveau Premier ministre “dans les tout prochains jours”. Mais la nomination d’un technocrate supplémentaire ne résoudra rien. La France reste piégée entre deux risques : l’impasse politique d’une présidence isolée ou l’embrasement populiste si de nouvelles élections ouvraient la voie à l’extrême droite.
La question dépasse les noms et les visages : elle porte sur la capacité d’Emmanuel Macron à reconnaître ses erreurs, à accepter une cohabitation ou un compromis véritable. Mais tout son parcours, marqué par le refus de partager le pouvoir, laisse craindre qu’il préfère s’entêter.
Eric KONAN