Les autorités ivoiriennes durcissent le ton contre les pratiques illégales qui lèsent les producteurs. Quatre acheteurs de cacao ont ainsi été interpellés lundi dans le département de Biankouma (région du Tonpki, ouest), a annoncé mardi le Conseil du Café-Cacao, pour des pratiques frauduleuses consistant à ne pas respecter les prix minimums garanti bord champ fixés par l’État.
Des « opérateurs véreux »
Cette opération intervient alors que des signalements récurrents font état, depuis l’ouverture de la campagne café-cacao 2025-2026, de manœuvres illicites visant à contourner les prix réglementaires, pourtant réaffirmés avec force par le président Alassane Ouattara à 1.700 francs CFA le kilo pour le café et 2.800 FCFA/kg pour le cacao. Un dispositif-clé destiné à assurer un revenu décent aux planteurs, pierre angulaire de toute la filière.
Des remontées de terrain font cependant état, de manière persistante, de pratiques illicites dans certaines zones de production. Des acheteurs individuels ou non agrées parcourraient hameaux et villages pour proposer des prix inférieurs aux minima officiels, exploitant parfois la méconnaissance ou la situation économique précaire de certains producteurs.
C’est pour traquer ces « opérateurs véreux », selon les termes du Conseil, que ses agents de la délégation régionale de Man ont mené une opération coup de poing ce 1er décembre. Les interventions ont eu lieu dans les localités de Topkapleu, Chenne et Gbonne, toutes situées dans le département de Biankouma.
Selon l’enquête préliminaire, les fraudeurs utilisaient deux méthodes principales pour spolier les producteurs. La première, dite de « ponction sur le poids », consiste à prélever discrètement 2 à 5 kg de cacao sur les sacs des producteurs après la pesée officielle, réduisant d’autant le paiement final. La seconde est plus directe : proposer délibérément un prix d’achat inférieur aux 2.800 FCFA/kg règlementaires pour le cacao.
« Si certains acheteurs véreux ont choisi d’abuser de la faiblesse de certains producteurs, il n’en demeure pas moins que la force reste à la loi », rappelle le Conseil du Café-Cacao dans une note dont Linfodrome a reçu copie. Les quatre individus interpellés ont été conduits à la brigade de gendarmerie de Biankouma et sont actuellement en garde à vue, où ils « répondent de leurs actes », a précisé la même source.
Rappel à la loi et sanctions dissuasives
À la suite de ces interpellations, le Conseil du Café-Cacao a tenu à rappeler fermement le cadre légal. Conformément à l’article 17 du décret 2012-1008, « aucune réfaction n’est autorisée sur le prix d’achat garanti ». Tout contrevenant s’expose à une triple sanction administrative et financière : le paiement du complément de prix dû au producteur, la saisie des stocks de cacao détenus au profit du Conseil et le retrait de l’agrément pour une période de trois ans. Des poursuites pénales peuvent également être engagées.
Le Conseil encourage par ailleurs tous les producteurs à dénoncer tout abus ou tentative de fraude, en mettant à disposition une ligne téléphonique. La culture du cacao, qui représente entre 15% et 20% du PIB en Côte d’Ivoire, y emploie près de 600.000 planteurs et fait vivre près du quart de la population, soit environ 6 millions de personnes, selon le Conseil du Café-Cacao.
Premier producteur mondial et principal poste d’exportation du pays, cette filière stratégique, pilier de l’économie nationale, reste un secteur sensible où la question du revenu des planteurs est régulièrement au cœur des débats politiques et économiques.
E.KOUAKOU