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Candidat investi par son parti le 10 mai 2024 pour la présidentielle d’octobre 2025, Laurent Gbagbo reste pourtant inéligible. Acquitté en 2021 par la Cour pénale internationale (CPI), l’ancien président est toujours radié des listes électorales, à la suite d’une condamnation en 2018 dans l’affaire dite du « casse de la BCEAO ». Seule une amnistie permettrait son retour effectif dans le jeu électoral.
Invitée de l’émission Le Grand Talk ce jeudi 10 juillet, Nasseneba Touré, ministre de la Famille et cadre du RHDP, a laissé entendre qu’une telle décision n’est pas exclue, tout en appelant à la prudence. « Cela est possible, mais il faut approfondir la réflexion, parce que le peuple nous regarde », a déclaré la coordonnatrice adjointe en charge de la mobilisation du parti présidentiel.
C’est en réponse à une question posée lors de l’émission que la ministre s’est exprimée ainsi. Nasseneba Touré avait cité l’exemple du Sénégal pour inviter l’opposition à respecter les décisions de justice, prenant l’exemple d’Ousmane Sonko qui, frappé d’inéligibilité, a soutenu un autre candidat à la présidentielle.
Elle a alors été invitée à aller au bout de la comparaison : si Ousmane Sonko, frappé d’inéligibilité, a désigné Diomaye Faye, Macky Sall, de son côté, a engagé un dialogue politique avec l’opposition. D’où cette interrogation : le gouvernement ivoirien ne devrait-il pas, lui aussi, envisager une amnistie pour les figures politiques écartées, à l’image du modèle sénégalais ?
Nasseneba Touré a toutefois rappelé que « le contexte ivoirien est atypique ». « Le Sénégal n’a pas connu de crise militaro-politique, ni de crise post-électorale aussi grave que celle de la Côte d’Ivoire », a-t-elle affirmé.
« Avec ce qu’on a connu, pour prendre une telle décision, je pense qu’il faut pousser la réflexion, parce que ce sont des actions qui ne datent pas de la préhistoire. Ce qui s’est passé à l’ouest de la Côte d’Ivoire, ici à Abidjan, ce sont sept femmes d’Abobo qui ont perdu la vie, dont le sang a été considéré comme du bissap », a relevé Mme Touré, en référence à l’un des épisodes emblématiques de la crise post-électorale de 2010-2011.
La mort de sept femmes à Abobo figure parmi les faits reprochés à Laurent Gbagbo par l’accusation devant la Cour pénale internationale (CPI). Pourtant, un expert médico-légal néerlandais, entendu en mai 2017, avait révélé que les analyses réalisées n’avaient pas permis de détecter de traces de sang sur les vêtements présumés des victimes. Il avait aussi souligné que certains tests ADN ne confirmaient pas les liens de parenté avancés, semant le doute sur la fiabilité de ces accusations.
Malgré ces zones d’ombre, Nasseneba Touré a insisté sur le fait qu’ « il ne faut pas faire d’amalgame entre la réconciliation et l’injustice ». « Si nous voulons une société avec plus de justice et d’équité sociale, nous devons en tenir compte, tenir compte des préoccupations du peuple, pour que cela ne se répète pas », a conclu la ministre.
A.KONE