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L’adoption, le 30 mars 2026, d’une loi légalisant la peine de mort dans certains dossiers visant essentiellement des Palestiniens a ravivé les critiques internationales. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un texte discriminatoire, assimilable à une loi d’apartheid. Mais cette décision ne constitue pas une rupture isolée. Elle s’inscrit dans une trajectoire politique beaucoup plus ancienne. Car au cœur de la stratégie israélienne demeure une constante : l’occupation territoriale.
Depuis 1948, les cartes du territoire montrent une extension continue du contrôle israélien. La colonisation de la Cisjordanie illustre cette dynamique avec une clarté saisissante. En 1972, environ 10 000 colons israéliens vivaient dans les territoires occupés. Ils sont aujourd’hui plus de 750 000.
Cette expansion ne relève pas seulement d’une présence démographique. Elle s’accompagne d’une stratégie méthodique de fragmentation du territoire palestinien. En décembre 2025, un projet de plus de 3 400 logements supplémentaires a été lancé dans une zone stratégique de Cisjordanie. Sa concrétisation couperait pratiquement le territoire palestinien en deux, rendant presque impossible l’émergence d’un État palestinien viable.
Dans le même temps, Israël a modifié les règles d’enregistrement foncier en zone C, qui représente près des deux tiers de la Cisjordanie et reste entièrement sous contrôle israélien. En l’absence de titres de propriété clairement établis — conséquence notamment des anciennes règles ottomanes —, des milliers d’hectares pourraient désormais être récupérés par l’État israélien.
Pour de nombreux observateurs, cette évolution s’apparente à une annexion progressive du territoire palestinien.
Sur le terrain, la situation sécuritaire continue de se dégrader. Les violences de colons israéliens radicaux contre les Palestiniens se multiplient, souvent sous le regard passif, voire avec la protection, de l’armée israélienne selon plusieurs ONG internationales. Villages attaqués, terres agricoles incendiées, déplacements forcés : le climat en Cisjordanie devient explosif.
Dans la bande de Gaza, la situation humanitaire atteint un niveau dramatique. Malgré les annonces de cessez-le-feu, les bombardements se poursuivent de manière récurrente. Des dizaines de milliers de morts sont recensés depuis le début de la guerre, tandis qu’une partie importante du territoire reste sous contrôle militaire israélien.
La destruction massive des infrastructures civiles, les restrictions sur l’aide humanitaire, l’effondrement du système de santé et les déplacements forcés de population nourrissent désormais des accusations extrêmement graves contre Israël. Plusieurs juristes internationaux, experts des Nations unies et organisations de défense des droits humains évoquent ouvertement la possibilité d’actes relevant du génocide au regard du droit international.
Cette qualification, longtemps considérée comme taboue dans le débat public occidental, s’appuie autant sur les faits matériels que sur certaines déclarations de responsables israéliens appelant à une destruction totale de Gaza ou utilisant des références bibliques interprétées comme une déshumanisation des Palestiniens.
Au-delà des territoires palestiniens, la stratégie israélienne s’étend désormais à l’ensemble de la région. Au Liban, les affrontements répétés avec le Hezbollah entretiennent le risque d’une guerre régionale ouverte. Dans le sud du pays, plusieurs zones ont été dévastées par les opérations militaires israéliennes.
En Syrie, Israël poursuit ses frappes régulières et a renforcé son emprise sur le plateau du Golan, territoire annexé unilatéralement depuis 1981 malgré les résolutions de l’ONU. Face à Iran, la logique de confrontation permanente atteint également un niveau inédit. Les accusations de guerre préventive illégale se multiplient après plusieurs opérations militaires menées dans un contexte où aucune menace imminente n’avait été officiellement établie.
Cette politique sécuritaire radicale s’accompagne d’une transformation profonde de la société israélienne elle-même. L’extrême droite religieuse et nationaliste exerce aujourd’hui une influence considérable au sein du gouvernement. Des ministres multiplient les déclarations suprémacistes ou évoquent ouvertement des visions territoriales inspirées du concept du « Grand Israël ».
Dans ce climat, la notion d’apartheid revient de plus en plus fréquemment dans les rapports internationaux. Des organisations comme Amnesty International, Human Rights Watch ou encore B’Tselem utilisent désormais explicitement ce terme pour qualifier le système juridique et politique imposé aux Palestiniens.
La loi israélienne de 2018 définissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif » est régulièrement citée comme un tournant institutionnel majeur, car elle réserve officiellement le droit à l’autodétermination nationale au seul peuple juif. Même les prisons israéliennes font aujourd’hui l’objet d’accusations extrêmement lourdes. Un récent rapport présenté devant les Nations unies décrit des cas de torture systématique, de traitements dégradants et de violations graves des droits humains contre des détenus palestiniens.
Face à cette accumulation de crises, une question domine désormais le débat international : jusqu’où ira l’impunité israélienne ?
Car malgré les condamnations verbales, les sanctions concrètes restent rares. Les alliances stratégiques, les équilibres géopolitiques et les intérêts militaires continuent de limiter les pressions réelles exercées sur Tel-Aviv.
Pourtant, le risque est désormais clair : en privilégiant systématiquement la réponse militaire, la logique de domination territoriale et l’escalade sécuritaire, Israël contribue à enfermer le Moyen-Orient dans un cycle permanent de violence.
Et dans une région où chaque conflit produit des conséquences mondiales — énergétiques, migratoires, diplomatiques ou sécuritaires —, cette fuite en avant ne menace plus seulement les Palestiniens ou les voisins immédiats d’Israël. Elle fragilise l’équilibre international tout entier.
J.F.PAGNI