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D’emblée, l’opposant a remis en question un principe longtemps présenté comme un pilier de l’économie ivoirienne. « Dire que l’économie repose sur l’agriculture relève aujourd’hui du mythe », a-t-il affirmé. Selon lui, aucun pays moderne ne peut fonder durablement sa prospérité sur un seul secteur d’activité. Pour Lamoussa Djinko, la Côte d’Ivoire reste enfermée dans un modèle agricole agraire ancien, peu productif et peu protecteur pour les producteurs, alors même que près de 80 % de la population vit directement ou indirectement de ce secteur. Il estime que cette dépendance entretient une pauvreté structurelle dans le monde rural. Face à cette situation, il propose des mesures immédiates et structurelles.
À court terme, il appelle l’État à stabiliser les prix agricoles et à sanctionner les acteurs qui exploitent les paysans. Il insiste notamment sur la filière cacao, marquée par de fortes fluctuations. Pour lui, l’État doit garantir des prix planchers afin de protéger les producteurs contre la spéculation. À plus long terme, il prône le retour à une caisse de stabilisation, dans une version modernisée et transparente. « Une caisse bien organisée est une assurance pour le paysan », a-t-il soutenu, estimant qu’un tel mécanisme permettrait de sécuriser durablement les revenus. Le leader politique propose également d’améliorer la qualité du cacao ivoirien. Il suggère que l’État équipe les producteurs en fourneaux de séchage afin d’obtenir un produit mieux valorisé sur le marché international. L’objectif est clair : augmenter les revenus sans étendre les superficies cultivées.
Au-delà du secteur agricole, Lamoussa Djinko pointe du doigt le système bancaire, qu’il juge inadapté aux réalités des producteurs et des Pme. Il appelle à la mise en place d’un dispositif bancaire plus simple et réellement accessible. « Tant que le crédit restera inaccessible, l’agriculture restera bloquée », a-t-il averti. Sur le plan monétaire, il plaide pour une plus grande souveraineté financière. Rappelant que la Côte d’Ivoire représente environ 42 % du Pib de l’Uemoa, il estime que le pays dispose des capacités nécessaires pour accueillir une banque centrale performante, orientée vers le financement du développement et de l’industrialisation.
Pour lui, l’économie ivoirienne doit cesser de dépendre principalement de l’exportation de matières premières et s’orienter résolument vers la transformation locale.
Un Pnd jugé risqué. Abordant le Plan national de développement, qui prévoit un investissement global de 115 000 milliards de francs Cfa sur cinq ans, Lamoussa Djinko s’est montré critique. « Le problème n’est pas le montant, mais ce que l’on va en faire et d’où viendra cet argent », a-t-il déclaré, qualifiant le projet de « danger économique » en l’absence d’un changement profond de modèle. Selon lui, sans diversification réelle, industrialisation et politique efficace de protection du monde rural, ces investissements risquent de ne pas produire les résultats attendus.
En conclusion, le président du Renouveau démocratique a appelé à l’ouverture d’un débat national sur l’agriculture, l’économie et la gouvernance. À ses yeux, seule une refonte courageuse du modèle économique permettra d’éviter des lendemains incertains pour la Côte d’Ivoire.
Eric KOUAKOU