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Le document, élaboré par les économistes de la BAD et présenté en présence du ministre ivoirien du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, met en lumière des dynamiques régionales contrastées, dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques. En Afrique de l’Ouest, la croissance devrait demeurer relativement stable à 4,7 % en 2026, proche des 4,8 % estimés en 2025. Cette résilience serait portée par une production agricole soutenue et la poursuite des investissements dans les infrastructures.
L’Afrique de l’Est conserverait son statut de région la plus dynamique du continent, malgré un ralentissement attendu. La croissance y passerait de 6,6 % en 2025 à 5,9 % en 2026, sous l’effet notamment de la hausse des coûts énergétiques et des importations liée aux perturbations observées au Moyen-Orient. Une reprise à 6,4 % est cependant anticipée dès 2027.
En Afrique du Nord, les prévisions tablent sur une croissance de 4 % en 2026, contre 4,4 % un an plus tôt. La BAD attribue cette baisse au ralentissement de la demande touristique en provenance des pays du Golfe ainsi qu’aux effets persistants des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
À l’inverse, l’Afrique centrale figure parmi les rares régions où une légère accélération est attendue, avec une croissance passant de 3,6 % en 2025 à 3,8 % en 2026, soutenue par le maintien de cours élevés du pétrole. L’Afrique australe, pour sa part, devrait poursuivre une croissance modérée, passant de 2,3 % à 2,1 %, pénalisée par le recul des productions minière et agricole ainsi que par l’augmentation des coûts de l’énergie.
Une résilience face aux chocs mondiaux
Malgré un environnement international marqué par le resserrement des conditions financières, les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques, le continent continue de démontrer une certaine capacité de résistance.
Selon le rapport, la croissance africaine en 2025 a été soutenue par plusieurs facteurs, notamment une meilleure gestion macroéconomique, une production agricole plus robuste, des prix favorables des matières premières et la poursuite des réformes structurelles. Le continent reste ainsi parmi les régions à la croissance la plus rapide au monde, avec vingt-deux pays africains qui devraient afficher des taux supérieurs à 5 % en 2025.
Mobiliser des financements à grande échelle
Placée sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », cette édition du rapport insiste sur la nécessité d’un changement d’approche pour accélérer une croissance durable et inclusive.
Les économistes de la BAD appellent à un « virage décisif » vers une mobilisation accrue des ressources nationales, une meilleure intégration des systèmes financiers africains, l’expansion des marchés de capitaux et un renforcement de l’autonomie financière du continent. Selon leurs estimations, l’Afrique pourrait libérer jusqu’à 1 430 milliards de dollars par an grâce à des réformes ciblées, notamment une meilleure collecte des recettes publiques, une efficacité renforcée des investissements publics ainsi qu’une lutte accrue contre la corruption et les flux financiers illicites.
Parmi les pistes identifiées figurent également le développement des partenariats public-privé, l’élargissement du financement de la diaspora et une meilleure valorisation du capital naturel du continent.
Un potentiel encore largement inexploité
Le rapport estime qu’environ 469 milliards de dollars de recettes supplémentaires pourraient être générés chaque année grâce à une meilleure mobilisation fiscale et non fiscale. À cela s’ajouteraient près de 299 milliards de dollars d’économies potentielles grâce à une utilisation plus efficace des investissements publics. Les partenariats public-privé apparaissent comme un levier majeur, chaque dollar additionnel d’investissement public pouvant entraîner environ 1,40 dollar d’investissement privé.
Les investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension, compagnies d’assurance et fonds souverains, administrent aujourd’hui près de 4 000 milliards de dollars d’actifs. Pourtant, moins de 2,7 % de ces ressources sont orientées vers les infrastructures et secteurs productifs africains.
Le rapport recommande également de renforcer les banques panafricaines, de développer des marchés financiers intégrés et d’accélérer le recours à des instruments innovants, tels que la finance climatique et la finance islamique.
La BAD souligne enfin l’importance de la nouvelle architecture financière africaine et du rôle de l’Agence africaine de notation de crédit, lancée en janvier 2026, dans l’amélioration de l’évaluation des risques souverains sur le continent.
Alors que la capitalisation boursière africaine a atteint 1 200 milliards de dollars en 2024, soit près de six fois son niveau d’il y a vingt ans, l’activité demeure encore fortement concentrée en Afrique du Sud, en Égypte, au Nigeria et au Maroc, illustrant l’enjeu d’une intégration financière plus large à l’échelle continentale.
E.KOUAKOU