|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Dans son édition du 21 janvier, le magazine décrit une Amérique revenue à une logique de domination frontale. Sous Donald Trump, Washington ne cherche plus à convaincre ni à ménager ses alliés. Il impose. Il teste. Il pousse jusqu’à rencontrer une résistance. Et recommence.
L’article central brosse le portrait d’un président américain obsédé par la démonstration de puissance. « Trump a besoin d’actions spectaculaires », « de preuves visibles que les États-Unis dictent encore les règles du jeu ». La politique étrangère devient un théâtre, où chaque décision doit frapper les esprits et rappeler qui commande.
Le Venezuela est cité comme premier acte de cette stratégie. Officiellement, il s’agissait de tourner la page Maduro. En réalité, l’objectif était ailleurs : verrouiller l’espace énergétique latino-américain et garantir à Washington une domination exclusive sur des ressources clés. Peu importe le discours public. Ce qui compte, c’est le rapport de force.
Puis vient le Groenland. Une île immense, glacée, stratégique. Trump avait déjà surpris le monde en évoquant son rachat lors de son premier mandat. Une provocation, pensait-on alors. L’idée n’a jamais disparu. Cette ambition s’inscrit dans une tradition américaine bien rodée. Acheter, annexer, étendre. De la Louisiane à l’Alaska, l’histoire américaine est jalonnée d’expansions territoriales. Trump ne ferait que reprendre un vieux réflexe impérial.
Cette logique de pression s’est récemment traduite par des menaces de droits de douane visant plusieurs pays européens, sommés de se plier aux exigences américaines. Une démonstration de plus, selon l’hebdomadaire, de la relation profondément asymétrique entre Washington et ses alliés. L’épisode a connu un répit provisoire le 22 janvier à Davos, lorsque Trump a annoncé un accord et suspendu ses menaces commerciales. Un pas en arrière, mais pas un changement de cap.
Car pour Argumenty i Fakty, le mal est plus profond. L’Europe, écrit le magazine, refuse de voir la réalité en face. Ses dirigeants continueraient d’agir comme si le monde restait structuré autour d’un Occident uni et central. Or, cette époque est révolue. « L’Europe n’est plus au centre ». « Elle évolue désormais à la périphérie d’un ordre international redéfini par la force. »
Au-delà des tensions commerciales ou territoriales, c’est le droit international lui-même qui est menacé. Menacer d’annexer un territoire, forcer la main à des partenaires, contourner la souveraineté des États : autant de pratiques qui, selon le sénateur russe, vident les règles communes de leur substance. Trump avancerait sans ligne rouge clair, multipliant les coups d’essai pour mesurer jusqu’où il peut aller.
Désormais, l’Europe ressemble bien au Titanic de la couverture. Un navire impressionnant, chargé d’histoire et de certitudes, mais lancé dans une mer nouvelle, sans radar ni manœuvre d’évitement. Et face à elle, un iceberg américain qui ne dévie pas sa trajectoire.
J.F.PAGNI