Lorsqu’il prend les commandes d’Issia Wazi FC, le club est en grande difficulté et occupe la dernière place de la Ligue 2. La première saison s’achève toutefois sur une note encourageante avec une septième place synonyme de maintien. La deuxième, consacrée à la reconstruction de l’équipe, est plus compliquée et se termine à nouveau dans le bas du classement. Pour Stéphane Kipré, ce parcours traduit les réalités d’un chantier de reconstruction. « Une reconstruction a un coût sportif, et nous l’avons payé », reconnaît-il. Mais ces deux exercices lui ont surtout permis de mieux cerner les réalités du football ivoirien et de poser les fondations d’un projet appelé à s’inscrire dans la durée.
L’une des principales transformations concerne la gouvernance. En décembre 2024, l’association sportive Issia Wazi FC engage sa mutation en société sportive, officiellement constituée en janvier 2025. Stéphane Kipré en devient le président du Conseil d’administration, tandis que la gestion opérationnelle est confiée à un Comité exécutif dirigé par Giovanni Meledje. Cette nouvelle organisation s’accompagne d’outils de gestion plus rigoureux : organigramme, direction administrative et financière, budget prévisionnel, contrats formalisés et régularité dans le paiement des salaires. « Un joueur ne peut être professionnel sur le terrain si le club ne l’est pas dans son fonctionnement », insiste le dirigeant. Pour la prochaine saison, le cap est clairement fixé : viser la montée en Ligue 1. Mais le projet ne se limite pas à l’équipe première. La formation des jeunes constitue désormais un axe majeur, avec notamment la création d’une équipe U17 appelée à participer au championnat national des jeunes.
Originaire de Gueya, dans le département de Daloa, Stéphane Kipré considère la formation comme « la colonne vertébrale » du projet. Le club entend également accompagner les jeunes dans leur parcours scolaire et leur éducation. Le président d’Issia Wazi veut par ailleurs mieux encadrer les départs précoces des jeunes talents ivoiriens vers l’étranger. Il préconise des contrats transparents, un dialogue renforcé avec les familles, le recours à des intermédiaires agréés et la conclusion de partenariats officiels avec des clubs étrangers. Autre ambition : permettre à Issia Wazi de retrouver sa ville d’origine. Depuis plusieurs saisons, le club évolue loin d’Issia, notamment à Yamoussoukro, Gagnoa et Abidjan. Pour Stéphane Kipré, le retour dans le Haut-Sassandra passe par le développement d’infrastructures capables d’accueillir durablement le club.
Au-delà du cas d’Issia Wazi, le dirigeant porte un regard critique mais constructif sur le football local. S’il salue les résultats obtenus par la gouvernance actuelle de la Fif, notamment les performances des sélections nationales et le sacre à la Can 2023, il estime que les championnats nationaux doivent désormais bénéficier d’une attention accrue. Selon lui, la baisse de l’affluence dans les stades constitue l’un des principaux défis. Moins de spectateurs signifie moins de recettes et rend également le sponsoring plus difficile. Il plaide ainsi pour une revalorisation des subventions accordées aux clubs de Ligue 1, Ligue 2 et Ligue 3, la création d’un fonds consacré à la formation et une implication plus forte des entreprises dans le financement du football.
Il appelle également à rapprocher les clubs de leurs régions et à moderniser l’expérience proposée aux spectateurs afin de rétablir l’attractivité des compétitions nationales. À l’approche de l’élection à la présidence de la Fif, prévue le 12 septembre, Stéphane Kipré estime que le futur dirigeant devra préserver les acquis tout en s’attaquant aux difficultés structurelles du football local.
A.KONE