À Abidjan, la page des incertitudes autour de l’installation de la nouvelle Assemblée nationale est en train de se tourner. Après plusieurs jours de flou institutionnel et de tensions internes, le RHDP a officiellement désigné Patrick Achi comme candidat à la présidence de l’Assemblée nationale. Une décision accueillie avec un soutien appuyé par Adama Bictogo, président sortant de l’institution, qui a affiché une posture d’apaisement et de ralliement.
Tout avait commencé le 13 janvier, avec la diffusion de deux communiqués contradictoires sur la convocation de la séance inaugurale de la nouvelle législature. L’un, émanant du Secrétariat général de l’Assemblée nationale, fixait la séance au vendredi 16 janvier, avec à l’ordre du jour l’élection du président. L’autre, signé par le doyen d’âge, déclarait cette convocation « nulle et de nul effet », plongeant députés et opinion publique dans l’incompréhension.
Sur le plan juridique, plusieurs experts ont rapidement estimé que la convocation du Secrétariat général restait valable, le doyen d’âge n’ayant pas compétence pour l’annuler. Mais au-delà du droit, ces épisodes ont surtout mis en lumière des tensions politiques au sein de la majorité présidentielle, largement victorieuse des législatives du 27 décembre 2025.
Face à la situation, le présidentAlassane Ouattara a convoqué les députés élus du RHDP au Palais présidentiel. À l’issue de cette réunion, un calendrier clair a été arrêté : l’élection du président de l’Assemblée nationale se tiendra le samedi 17 janvier 2026. Surtout, le choix du candidat du parti a été officiellement tranché.
Patrick Achi est désigné candidat du parti pour succéder à Adama Bictogo, en poste depuis juin 2022. Ancien cadre du PDCI-RDA, diplômé de l’université de Stanford, il s’est imposé au fil des années comme un rouage essentiel du système Ouattara. Secrétaire général à la présidence de la République, Premier ministre, ministre d’État, conseiller spécial du chef de l’État, Patrick Achi a occupé plusieurs postes stratégiques au cœur du pouvoir. Pour la majorité, il incarne un profil d’expérience, capable de piloter l’institution dans une phase présentée comme un « grand basculement institutionnel ».
« bonne disposition »
La fonction de président de l’Assemblée nationale ivoirienne, quatrième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, cristallise depuis plusieurs années de fortes rivalités politiques. Le choix de Patrick Achi intervient dans ce contexte sensible, autour d’un perchoir qu’Adama Bictogo avait conquis en juin 2022 à l’issue d’un consensus au sein de la majorité, après le décès brutal d’Amadou Soumahoro, qui avait dirigé l’institution de mars 2019 à mai 2022. Avant lui, Soumahoro avait succédé à Guillaume Soro, contraint à la démission en 2019, à la suite de pressions politiques, dont celles d’Adama Bictogo, qui l’avait publiquement appelé à « libérer le tabouret ».
Dans ce contexte, la réaction du maire de la plus grande commune d’Abidjan était très attendue. Au nom des députés RHDP, il a salué et remercié le chef de l’État pour sa conduite du processus. Selon nos sources, le député de Yopougon a exprimé sa « bonne disposition » à accompagner Patrick Achi, avec qui il s’était entretenu quelques heures plus tôt.
Devant le président de la République, Adama Bictogo a assuré de son engagement à travailler à faire triompher les idéaux du RHDP et à œuvrer pour « une Côte d’Ivoire toujours plus forte ». Une déclaration forte, perçue comme un signal clair d’unité après les bisbilles internes.
Lors de la réunion, le président de la République et le vice-président ont appelé les députés du parti à une discipline totale, assurant que la majorité n’a pas besoin des voix des indépendants pour faire élire son candidat. Alassane Ouattara a également annoncé d’importantes réformes au cours de cette législature, notamment une réforme du Code électoral visant à limiter les candidatures indépendantes et à renforcer la discipline au sein des partis politiques.
Après une séquence agitée, la majorité présidentielle affiche désormais une ligne claire. Samedi, dans l’hémicycle, le vote devrait entériner le choix arrêté par le RHDP et ouvrir officiellement la nouvelle législature sous la présidence annoncée de Patrick Achi.
Axel KONE