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Cette élimination laisse un goût d’inachevé. Non pas parce que la Côte d’Ivoire a été dominée, mais parce qu’elle est une nouvelle fois tombée sur des erreurs qu’elle aurait pu éviter. Le principal enseignement de cette Coupe du Monde concerne la gestion des différents temps du match. C’est un problème récurrent qui est apparu tout au long du tournoi et qui, plus largement, accompagne cette sélection depuis plusieurs mois.
Face à l’Équateur, les Ivoiriens ont longtemps subi avant de s’en sortir grâce à leur réalisme en fin de rencontre. Face à l’Allemagne, les Éléphants n’ont pas su capitaliser sur leurs périodes de domination avant de céder lorsque l’adversaire a accentué la pression. Contre Curaçao, la victoire aurait pu être beaucoup plus large si les nombreuses occasions avaient été converties. Enfin, contre la Norvège, le scénario s’est répété : incapables de gérer les dernières minutes alors que plusieurs joueurs étaient visiblement éprouvés physiquement, les Ivoiriens ont concédé le but décisif sur une erreur de marquage et un manque de concentration. Cette difficulté à exploiter les temps forts et à résister durant les temps faibles constitue sans doute le plus grand chantier de cette sélection.
Ce Mondial aura également confirmé une réalité inquiétante : la Côte d’Ivoire perd davantage ses matches sur des erreurs évitables que sur une réelle supériorité de ses adversaires. Les erreurs de concentration, les approximations défensives, les pertes de lucidité dans les moments décisifs et les difficultés à gérer un avantage ou à fermer un match reviennent régulièrement. À ce niveau de compétition, ces détails font toute la différence. Face aux meilleures nations du monde, chaque erreur se paie immédiatement. La Norvège l’a démontré, tout comme l’Allemagne auparavant.
Cette élimination pose également la question de la préparation mentale. Au fil des rencontres, la sélection ivoirienne a parfois donné l’image d’une équipe qui perd progressivement sa sérénité lorsque la pression augmente. Cette impression ne date pas d’aujourd’hui. Elle traverse plusieurs générations de footballeurs ivoiriens, y compris celle de Didier Drogba, Yaya Touré ou Didier Zokora. Malgré un immense potentiel individuel, la Côte d’Ivoire a souvent éprouvé des difficultés à maîtriser émotionnellement les moments clés des grandes compétitions. Le football moderne ne se résume plus aux qualités techniques ou physiques. Les grandes nations investissent désormais dans l’accompagnement psychologique, la gestion du stress et la préparation mentale afin de permettre aux joueurs de conserver leur lucidité dans les instants décisifs. La Fédération ivoirienne de football devra se demander si cet aspect est aujourd’hui suffisamment intégré dans le projet de la sélection nationale.
Transformer la frustration en expérience
Malgré cette élimination, tout n’est pas à jeter. La Côte d’Ivoire présentait l’un des effectifs les plus jeunes de cette Coupe du Monde. Plusieurs joueurs disputaient leur première grande compétition mondiale.Cette jeunesse explique en partie certaines erreurs d’appréciation et une forme de naïveté dans la gestion des rencontres. Mais elle représente également une formidable marge de progression.Les Éléphants ont démontré qu’ils étaient capables de rivaliser physiquement, tactiquement et techniquement avec des nations européennes de premier plan. Il leur manque désormais cette maturité qui permet aux grandes équipes de gagner les matches serrés.
À partir de septembre, les éliminatoires de la Can 2027 ouvriront un nouveau chapitre pour la sélection ivoirienne. Ce rendez-vous ne devra pas être abordé comme une simple reprise des compétitions, mais comme le point de départ d’un véritable travail de fond. Le staff technique, la Direction technique nationale, le département médical, les préparateurs physiques ainsi que le Bureau exécutif de la Fédération ivoirienne de football devront analyser sans complaisance cette campagne mondiale. L’objectif affiché avant le tournoi était d’aller « le plus loin possible ».
Si cette ambition demeure légitime, elle devra désormais s’accompagner d’une remise en question profonde sur le fonctionnement global de la sélection : gestion des matches, efficacité offensive, discipline tactique, préparation mentale, rotation de l’effectif et accompagnement des jeunes joueurs. Cette Coupe du Monde laisse autant de regrets que d’espoirs. Les Éléphants n’ont jamais été dépassés. Ils ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures sélections du monde. En revanche, ils ont aussi montré qu’il leur manque encore cette maîtrise des détails qui distingue les grandes équipes des prétendants.
Si la Côte d’Ivoire veut désormais franchir un cap, viser régulièrement les quarts de finale d’une Coupe du Monde et s’installer durablement parmi les meilleures nations du football continentale voire mondial, elle devra transformer cette élimination en véritable levier de progression. Le talent est bien présent. L’ambition aussi. Il reste désormais à bâtir un projet capable de convertir ce potentiel en performances durables.
E.KOUAKOU