La 14ᵉ réunion du comité technique a réuni une soixantaine de participants, notamment des représentants des ministères, des entreprises du cacao et du chocolat, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de la société civile.
La rencontre était présidée par le conservateur général Zouzou épouse Mailly Elvire Joëlle, directrice de cabinet du ministre des Eaux et Forêts et présidente du comité technique de l’Icf. Elle a souligné que la protection des forêts ne pourrait aboutir que si l’État, le secteur privé, les partenaires au développement et les communautés avançaient ensemble.
Lancée en novembre 2017 à Bonn, en marge de la Cop23, l’Icf est un partenariat public-privé associant l’État ivoirien, les grandes entreprises du cacao et du chocolat ainsi que les partenaires techniques et financiers. Son ambition est de mettre fin à la déforestation liée à la production cacaoyère. Le défi est de taille. Le cacao représente environ 15 % du Produit intérieur brut (Pib) et plus de 40 % des recettes d’exportation de la Côte d’Ivoire. Pourtant, le pays a vu son couvert forestier chuter de 16 millions d’hectares dans les années 1960 à environ 3 millions d’hectares en 2020.
Pour la période 2022-2025, le bilan présenté par Youssouf Ndjore, directeur pays de la World Cocoa Foundation, au nom du secrétariat permanent de l’Icf, fait état de résultats notables : 214 143 hectares de forêts restaurés et 44 conventions de concession signées pour la restauration des forêts classées et des agroforêts ; 927 804 hectares de systèmes agroforestiers développés et 33 millions d’arbres multi-usages distribués aux producteurs ; 98 % de traçabilité du cacao issu de l’approvisionnement direct, avec 1,12 million d’exploitations cartographiées ; plus de 2,5 millions de producteurs formés ou sensibilisés, et 558 160 femmes accompagnées vers l’autonomie économique.
Ces avancées ne masquent toutefois pas les difficultés persistantes. Le financement durable des actions, le renforcement des capacités institutionnelles, la coordination des multiples initiatives menées sur un même territoire et l’adaptation aux nouvelles normes, notamment au Règlement européen contre la déforestation (Rdue) et à la norme africaine Ars 1000, restent des chantiers majeurs.
Changement de paradigme
Pour la période 2026-2030, l’Icf entend dépasser son rôle d’exécutant. Le lieutenant-colonel Touré Aboubakar, coordonnateur de l’Initiative, a expliqué que la phase 3 ferait de celle-ci une plateforme de facilitation, de coordination et de valorisation des actions menées par les différents acteurs. Concrètement, l’Icf ne portera plus directement de projets opérationnels. Elle devra rassembler les parties prenantes, harmoniser leurs interventions, éviter les doublons et rendre compte des résultats obtenus sur le terrain.
Quant au plan d’action, il repose sur cinq axes stratégiques, chacun confié à une institution chef de file : la protection et la restauration des forêts, sous la conduite de la Direction générale des forêts ; la traçabilité et la conformité, ainsi que la production durable par l’agroforesterie, sous la responsabilité du Conseil du Café-Cacao ; les mécanismes innovants de financement, pilotés par le Bureau Marché Carbone ; enfin, la gouvernance, la transparence et la communication, assurées par l’Unité de coordination des projets de l’Icf et la World Cocoa Foundation.
Les activités de coordination sont estimées à 2,068 milliards de Fcfa sur cinq ans. L’objectif est plus ambitieux encore : mobiliser plus de 47 milliards de Fcfa d’investissements auprès du secteur privé, des partenaires au développement et des acteurs de la finance climatique.
Des résultats à rendre durables
Au terme des travaux, le comité technique a validé le plan d’actions de la phase 3 et approuvé la désignation des institutions chargées d’animer chaque axe. Les orientations seront désormais soumises au comité de pilotage de l’Icf.
En clôture, la présidente du comité technique a invité chaque acteur à s’approprier ce nouveau cap. Selon elle, la phase 2 a démontré que l’engagement pris en 2017 pouvait produire des résultats à grande échelle. La question qui se pose désormais est celle de leur pérennité : faire en sorte que la production de cacao cesse de grignoter les dernières forêts ivoiriennes, tout en garantissant des revenus aux planteurs.
Pour une filière qui fait vivre des millions de familles, l’équation reste délicate. Mais, à Abidjan, les acteurs du cacao et de la forêt affichent une conviction commune : sans forêts, il n’y aura plus de cacao durable.
E.KOUAKOU, avec sercom