L’annonce est tombée comme un coup de tonnerre dans le landerneau politique ivoirien. Dans un communiqué lu ce jour par la secrétaire générale de la Présidence de la République, Nasseneba Touré, il est officiellement acté que Kobenan Kouassi Adjoumani ne fait plus partie du gouvernement. Son portefeuille a été confié à Bruno Koné, mettant ainsi un terme à une présence ministérielle que beaucoup pensaient inamovible.
Pendant plus de deux décennies, le nom d’Adjoumani a été associé aux rouages de l’État ivoirien. De Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, l’homme a traversé les régimes sans jamais vraiment quitter le premier cercle du pouvoir. Une longévité politique rare, presque exceptionnelle, qui lui a valu le surnom de ministre “indéboulonnable” dans la presse et l’opinion.
Professeur de formation, député depuis 1995, Kobenan Kouassi Adjoumani fait son entrée au gouvernement en 2002, à la tête du ministère des Ressources animales et halieutiques. Il y revient en 2011, au lendemain de la crise postélectorale, lorsque le président Ouattara s’installe au pouvoir. Huit années plus tard, en septembre 2019, il prend les rênes d’un ministère stratégique : l’Agriculture et le Développement rural, pilier de l’économie ivoirienne.
En avril 2021, il est élevé au rang de ministre d’État, confirmation de son poids politique. Jusqu’à ces derniers jours encore, il faisait partie des figures centrales du gouvernement conduit par Robert Beugré Mambé, reconduit en janvier 2026. À ce titre, il n’avait pas manqué de féliciter publiquement le Premier ministre, affichant une loyauté sans faille.
Sur le terrain, Adjoumani restait très actif. Il y a à peine quelques jours, le 20 janvier 2026, il annonçait un dispositif spécial pour le rachat de 123 000 tonnes de cacao invendues, afin de protéger les revenus des producteurs et préserver le prix garanti à 2 800 francs CFA le kilo. Une mesure saluée dans les zones rurales, alors que la crise du cacao inquiète planteurs et coopératives.
La fin d’une époque
À Tanda, sa circonscription, il multipliait également les rencontres avec les populations, notamment à Amanvi, son village natal. Souveraineté alimentaire, cohésion sociale, développement local : le ministre d’État se voulait au contact, proche des réalités du monde rural.
Cadre influent et porte-parole du RHDP, Adjoumani demeurait aussi un acteur politique de premier plan au Parlement. Député réélu, il a pris part, le 19 janvier dernier, à l’ouverture de la nouvelle législature 2026-2031, marquée par l’élection de Patrick Achi à la présidence de l’Assemblée nationale.
Son éviction du gouvernement interroge donc. Simple réaménagement technique ou véritable signal politique ? À ce stade, le communiqué présidentiel ne donne aucune explication. Mais dans les couloirs feutrés d’Abidjan, les spéculations vont bon train. Pour certains observateurs, ce départ marque la fin d’une époque, celle des figures transversales capables de survivre à tous les changements de cycle.
À 63 ans, Kobenan Kouassi Adjoumani n’a toutefois pas dit son dernier mot. Député, cadre du parti au pouvoir, il conserve des leviers importants. Reste à savoir quel rôle il jouera désormais dans un paysage politique ivoirien en pleine recomposition.
Axel KONE