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La Fifa et l’Union des associations européennes de football (Uefa) avaient décidé, à la fin du mois de février 2022, de suspendre les clubs et la sélection nationale russes de l’ensemble de leurs compétitions, dans la foulée de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par l’armée russe. Quatre ans plus tard, alors que le conflit se poursuit et qu’aucun accord de paix n’a été conclu, le patron du football mondial juge cette mise au ban contre-productive. « En réalité, la Fifa ne devrait jamais interdire à un pays de jouer au football en raison des actes de ses dirigeants politiques », a affirmé Gianni Infantino. « Quelqu’un doit maintenir les liens », a ajouté le dirigeant italo-suisse de 55 ans, estimant que permettre aux jeunes Russes de jouer en Europe pourrait contribuer à apaiser les tensions.
« Nous avons vu ces déclarations, nous les saluons », a réagi mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’un point de presse rapporte l’AFP. « Cela fait vraiment longtemps qu’on aurait dû y penser », a-t-il ajouté. La Fédération de football russe a déclaré, elle, « soutenir pleinement » la position de Gianni Infantino. À Kiev, la réaction a été tout autre. Le ministre ukrainien des sports, Matvi Bidny, a dénoncé des propos « irresponsables » et « infantiles », accusant le président de la Fifa de dissocier le football « de la réalité dans laquelle des enfants sont tués ». L’Uefa, de son côté, maintient une ligne plus ferme. Son président, Aleksander Ceferin, a rappelé que la fin de la guerre en Ukraine constituait un préalable à toute réintégration de la Russie, une position déjà exprimée lors du congrès de l’instance européenne en avril 2025.
Les prises de position de Gianni Infantino s’inscrivent dans un contexte politique sensible. Le président de la Fifa avait déjà affiché par le passé une proximité avec Vladimir Poutine, notamment lors de la Coupe du monde organisée en Russie en 2018. En 2019, il avait été décoré dans l’ordre de l’Amitié, l’une des plus hautes distinctions russes, lors d’une cérémonie au Kremlin. Plus récemment, ses propos rejoignent ceux de Donald Trump. En mai 2025, lors d’une visite de Gianni Infantino à la Maison Blanche, le président américain avait suggéré qu’une participation de la Russie à la Coupe du monde 2026 (coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique) pourrait inciter Vladimir Poutine à mettre fin au conflit. Une hypothèse largement théorique, la sélection russe n’ayant pas pris part aux éliminatoires du tournoi, prévu du 11 juin au 19 juillet.
Fidèle à sa ligne, le président de la Fifa a également rejeté les appels au boycott de la Coupe du monde formulés par certains responsables européens face aux tensions géopolitiques actuelles. « Je suis contre les interdictions, comme contre les boycotts. Ils n’apportent rien et contribuent simplement à plus de haine », a-t-il conclu.
J.F.PAGNI