A son retour de Moscou, Assimi Goita a effectué un saut à Niamey puis à Ouagadougou pour transmettre tant qu’émissaire attitré le message très confidentiel du partenaire moscovite. Le général malien a fait le point sur plusieurs dossiers en lien avec la coopération 3D dans l’AES (défense, diplomatie, développement) et a aussi abordé les questions d’intérêts communs notamment les acquis du dernier show diplomatique en République fédérale de Russie.
Assimi Goïta, le messager de Poutine, fait escale à Niamey et Ouagadougou
Au 3e Sommet Russie-Afrique, seul le Mali a envoyé son chef d’État, Assimi Goïta, tandis que le Burkina Faso et le Niger étaient représentés par des délégations ministérielles. Au lendemain du 3e Sommet Russie-Afrique tenu les 28 et 29 octobre 2026 dans la capitale russe, le président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta, s’est mué en émissaire de Moscou.
A son retour, Goïta s’est rendu à Niamey puis à Ouagadougou pour transmettre un « message confidentiel » de Moscou, discuter de sécurité, de défense et de développement au sein de l’AES. Le Mali a signé deux contrats avec la société russe Rosgeologiya pour l’exploration de l’or et du lithium sur son territoire. L’AES et la Russie ont signé un accord d’accompagnement technique, bien que les mémorandums non contraignants aient dominé les annonces du sommet. Les retrouvailles entre Goïta et Tiani puis Traoré ont été marquées par des bains de foule et des tête-à-tête, visant à réaffirmer la solidarité de l’AES face aux défis sécuritaires.
Le grand absent… ou plutôt le seul présent
Sur les trois pays membres, seul le Mali a dépêché son chef d’État. Le Burkina Faso et le Niger se sont contentés de délégations gouvernementales de premier plan, à l’image du Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo. Ce déséquilibre dans la représentation questionne, alors que la Russie s’impose comme le partenaire stratégique clé de l’Alliance.
C’est donc seul qu’Assimi Goïta a négocié, signé et échangé avec le Kremlin. De retour sur le continent, il a immédiatement entamé une tournée d’amitié et de travail, faisant escale à Niamey, ce jeudi 5 novembre 2026, avant de mettre le cap sur Ouagadougou en début de soirée. L’objectif est de faire le point sur la coopération en matière de défense, de diplomatie et de développement, et transmettre la substance des discussions moscovites.
L’accueil des grands jours
À Niamey, le général malien a été accueilli à l’aéroport Diori Hamani par son homologue nigérien, le Général Abdourahamane Tiani. Les deux hommes ont traversé une foule en fête, aux côtés des membres du CNSP et du corps diplomatique. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération au sein de l’AES et la synergie des actions sécuritaires et économiques. Quelques heures plus tard, c’est à Ouagadougou que le président malien a posé ses valises. Le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso et Président de la Confédération de l’AES, l’a personnellement accueilli. Les deux dirigeants se sont isolés au Salon d’honneur pour un tête-à-tête. Au menu des échanges : la lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélien, les projets de développement économique, l’intégration africaine et l’actualité internationale.
Sur le plan économique, les retombées du sommet pour le Mali sont tangibles. Par l’intermédiaire d’Assimi Goïta, le gouvernement malien a signé deux contrats avec la société publique russe Rosgeologiya (via sa filiale Zarubezhgeologia). Ces accords visent à prospecter et explorer le sous-sol malien, ciblant notamment les réserves d’or et de lithium. Un pactole minier qui renforce l’ancrage russe dans la région. À l’échelle de l’AES, les délégations ont paraphé un mémorandum d’entente pour un accompagnement technique. Toutefois, à l’image de la diplomatie russe en Afrique, les protocoles d’accord et les mémorandums non contraignants ont largement dominé les annonces, reléguant au second plan les contrats chiffrés. Une manière de maintenir le flou sur les engagements financiers réels de Moscou.
La navette diplomatique de Goïta indique la complexité de l’architecture sécuritaire et économique de l’AES. Si l’Alliance affiche une unité de façade face aux pressions extérieures, les stratégies individuelles et les agendas propres à chaque capitale demeurent. Le Mali, fort de ses accords miniers, semble vouloir capitaliser sur sa relation privilégiée avec le Kremlin. Cette tournée du chef de l’État malien est bien plus qu’une simple visite de courtoisie. Elle consacre le rôle de pivot d’Assimi Goïta au sein de l’AES, tout en révélant les failles d’une union monétaire et politique en construction.
E.K.