La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans le renforcement de ses capacités aériennes. Les Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) ont confirmé l’acquisition de drones chinois Wing Loong II, quelques jours après leur première évocation publique lors du défilé militaire du 7 août 2026.
Le ministère ivoirien de la Défense avait annoncé dès juin 2024 la signature d’un contrat avec la société chinoise China National Aero-Technology Import & Export Corporation (CATIC) pour l’acquisition de « vecteurs aériens de dernière génération ». À l’époque, Abidjan n’avait donné ni le modèle ni le nombre d’appareils concernés. Le voile a finalement été levé en août 2026. Selon le spécialiste de défense Janes, les FACI ont diffusé le 10 août une vidéo montrant deux Wing Loong II, identifiés sur une base aérienne de Bouaké. Les appareils étaient présentés sans armement visible.
Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont uniquement destinés à l’observation. Lors du défilé du 7 août, le commentateur de la retransmission avait indiqué que ces drones étaient dotés de moyens de surveillance électronique et pouvaient emporter des missiles et des bombes. Les FACI ont également présenté leurs capacités en matière de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et d’appui-feu.
Le nombre total d’appareils commandés reste toutefois inconnu. Les informations disponibles permettent pour l’instant de confirmer au moins deux exemplaires livrés, sans que la valeur du contrat ni son volume global aient été rendus publics. Le Wing Loong II est un drone MALE, pour « moyenne altitude, longue endurance ». Construit en Chine par le groupe Chengdu Aircraft Industry, il mesure environ 11 mètres de long pour 20,5 mètres d’envergure. Sa masse maximale au décollage est donnée autour de 4,2 tonnes.
Sa principale force réside dans son autonomie. Le modèle peut rester en vol jusqu’à environ 32 heures, selon sa configuration et sa mission, avec une vitesse maximale annoncée autour de 370 km/h. Il peut également être contrôlé grâce à une liaison satellitaire, ce qui lui permet d’effectuer des missions au-delà de la portée directe d’une station au sol.
Surveillance et appui-feu
Le Wing Loong II n’est donc pas un simple drone d’observation. Sa conception lui permet de combiner des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance avec des capacités d’attaque.
Selon les données disponibles sur le modèle, il peut emporter jusqu’à environ 480 kg de charge utile, notamment sur plusieurs points d’emport sous les ailes. Il peut recevoir différents systèmes électro-optiques et infrarouges destinés à l’observation et à l’identification de cibles.
Mais attention : les équipements réellement fournis à la Côte d’Ivoire ne sont pas tous connus publiquement. Le drone présenté à Bouaké portait notamment un pod sous le fuselage dont Janes estime qu’il pourrait s’agir d’un équipement de renseignement électromagnétique (COMINT). Ses capacités exactes n’ont pas été précisées par les autorités ivoiriennes.
La Côte d’Ivoire figure au 20ᵉ rang des puissances militaires africaines et au 108ᵉ rang mondial, selon le classement 2026 de Global Firepower. Cette acquisition intervient dans un contexte de renforcement des moyens de surveillance des frontières et de lutte contre les groupes armés dans le nord du pays. Elle s’inscrit également dans une dynamique de diversification des partenariats militaires ivoiriens, après plusieurs années de coopération privilégiée avec la France.
La première économie de l’UEMOA avait déjà commandé des systèmes de brouillage anti-drones auprès de la France et conclu, en 2024, un accord de coopération militaire avec la Turquie. L’achat de matériel chinois marque donc une nouvelle étape dans cette stratégie de diversification des fournisseurs de défense.
Avec les Wing Loong II, Abidjan dispose désormais d’un vecteur aérien capable d’effectuer des missions de longue durée pour observer, recueillir du renseignement et, selon sa configuration, mener des frappes ciblées ou soutenir les troupes au sol. Une capacité stratégique majeure face à la persistance de la menace terroriste dans la région.
E.KOUAKOU