À moins de dix mois du scrutin présidentiel prévu pour 2025, Laurent Gbagbo, bien qu’officiellement désigné candidat par son parti, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), reste inéligible. Ses appels répétés pour obtenir sa réintégration sur la liste électorale semblent jusqu’à présent rester lettre morte face à l’intransigeance du pouvoir en place. Dans son discours d’orientation prononcé à l’occasion de l’ouverture de cette session ordinaire du comité central du PPA-CI, l’ancien chef de l’Etat a déclaré que la question de son éligibilité à la présidentielle sera l’un des principaux combats à mener au cours de l’année 2025.
Fustigeant l’inaction du président Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo a rappelé les énormes sacrifices qu’il aurait consenti pour rendre possible la candidature de ce dernier, alors qu’il était inéligible à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. « Alassane lui-même, l’actuel président de la République a connu ça et pour l’aider, en 1995, je n’ai pas déposé de candidature bien que tout mon dossier soit prêt ? J’ai d’ailleurs montré tout mon dossier à une conférence de presse en présence de Fologo à Treichville », a-t-il révélé, faisant allusion à l’époque ou tous deux étaient membre de l’opposition. « A l’époque, quelles sont les sacrifices qu’on n’a pas fait pour lui. On en a fait beaucoup », a fait savoir Laurent Gbagbo.
L’accord de Pretoria
Devenu président à l’issue des élections présidentielles de 2000, l’ex- secrétaire général du Front populaire ivoirien révèle qu’il fut à l’initiative de la décision ayant abouti à l’accord de Prétoria qui a permis à Alassane Ouattara, de se porter candidat en 2010. « A Pretoria, c’est moi qui aie pris l’initiative de dire à Thabo.
Faut-il le rappeler, seule une loi d’amnistie prise par le président Alassane Ouattara peut permettre à Laurent Gbagbo, condamné à 20 ans par la Justice ivoirienne dans le cadre de l’affaire dite du braquage de la BCEAO d’être éligible à la prochaine élection présidentielle. Laurent Gbagbo qui rejette cette décision de justice l’excluant de tous processus électoral dans le pays a bénéficié en 2022 d’une grâce présidentielle en lieu et place de cette loi d’amnistie souhaitée.
Pression de l’ONU sur le gouvernement ivoirien
L’Organisation des Nations Unies (ONU) met la pression sur le gouvernement ivoirien pour la participation du président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) à l’élection présidentielle de 2025. L’institution internationale, dont la principale mission consiste à assurer le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde, a ainsi adressé une lettre à l’État de Côte d’Ivoire, recommandant la réinscription de Laurent Gbagbo sur la liste électorale.
L’ex-président a fait cette révélation lui-même, ce samedi 4 janvier 2025, lors d’un comité central de son parti à Abidjan, où il a rappelé à son état-major les enjeux cruciaux de cette année électorale, en particulier sa réinscription sur le fichier électoral en vue de la présidentielle d’octobre prochain.
Toutefois, l’ex-chef de l’État n’a pas mentionné si le gouvernement ivoirien, ou Alassane Ouattara, a réagi à la lettre de l’ONU. Mais il a laissé entendre l’arrivée prochaine d’une délégation de l’organisation internationale pour faire le point sur la situation et rappeler aux autorités ivoiriennes les recommandations déjà formulées. « L’ONU a déjà écrit. Mais ils vont venir pour lui dire que : « on t’avait parlé » », a annoncé Laurent Gbagbo, sans pour autant préciser de date.
Investi par son parti le 10 mai 2023 à Abidjan, 22 mois après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo est officiellement candidat à l’élection présidentielle prévue pour la fin de l’année 2025.
L’ancien président demeure cependant sous le coup d’une condamnation émise par la justice ivoirienne dans l’affaire dite du « casse de la BCEAO », un verdict qu’il continue de contester avec fermeté. En 2022, il a bénéficié d’une grâce présidentielle accordée par Alassane Ouattara, un an après son retour en Côte d’Ivoire. Mais, cette mesure ne s’est pas accompagnée d’une amnistie, ce qui le prive de la possibilité de se réinscrire sur la liste électorale, condition essentielle pour se présenter à la prochaine présidentielle.
Cette exclusion juridique suscite des appels en faveur d’élections véritablement inclusives. Des acteurs majeurs, comme l’ONU, la Conférence des évêques ivoiriens, des partis d’opposition et des organisations de la société civile, plaident pour un processus électoral ouvert à tous. À l’issue d’une rencontre avec le parti de Laurent Gbagbo le 13 novembre 2024, le président de la Commission Électorale Indépendante (CEI) avait laissé entendre une possible résolution de cette question délicate. « Il y a ce que dit le droit et ce que requiert l’humanité », avait déclaré Ibrahime Coulibaly-Kuibiert.
Cinews.ci