Accusé de diffamation, Damana Pickass ne se démonte pas. Le vice-président du PPA-CI estime que la plainte déposée contre lui pourrait rouvrir un vieux dossier : celui de la présidentielle de 2010. Et selon lui, « toute la vérité sur le véritable vainqueur du scrutin éclatera ».
Ce mercredi 16 avril 2025, l’ex-commissaire central de la Commission électorale indépendante (CEI) de 2010 s’est présenté à la préfecture de police d’Abidjan. Pendant six heures, il a été entendu par les services compétents, assisté de son avocat Me Tapi Sylvain, en lien avec une plainte en diffamation introduite par Bamba Yacouba, ancien porte-parole de l’institution. L’objet du litige : des propos tenus lors de l’émission Le Grand Talk, diffusée le 3 avril sur Life TV, au cours de laquelle Damana Adia dit Pickass a directement mis en cause l’ex-responsable électoral dans la gestion du second tour de l’élection présidentielle de 2010.
Accusé de diffamation, Damana Pickass ne se démonte pas. Le vice-président du PPA-CI estime que la plainte déposée contre lui pourrait rouvrir un vieux dossier : celui de la présidentielle de 2010. Et selon lui, « toute la vérité sur le véritable vainqueur du scrutin éclatera ».
Le lendemain de cette audition, le parti de Gbagbo a tenu une conférence de presse à son siège, offrant à son vice-président une tribune pour développer ses affirmations. « M. Bamba Yacouba est l’un des artisans de la forfaiture de 2010 », a lancé à cette occasion Damana Pickass. Il assure que le plaignant a agi de façon unilatérale et en violation des procédures internes de la CEI : « M. Bamba Yacouba s’est permis de valider les élections de la diaspora sans qu’ils aient été consolidés par les 31 commissaires centraux », a-t-il déclaré.
Pickass a également mis en cause le rôle de Bamba Yacouba dans les opérations de supervision à l’étranger. « Il a unilatéralement invalidé ceux de la France dont il était le superviseur… », a-t-il insisté, avant de pointer du doigt des irrégularités majeures dans certaines régions du pays : « Dans la région du Bandama, qu’on appelle aujourd’hui le Gbêkê, Bamba Yacouba était le superviseur… au décompte, il y avait 100.000 voix en plus pour le candidat Alassane Ouattara ». Selon lui, même confronté à ces chiffres aberrants, l’ancien porte-parole de la CEI aurait relativisé les faits. « M. Bamba Yacouba, tout honteux, a dit : ‘même si on enlève les 100.000 voix dans le total des voix de M. Ouattara, il est toujours vainqueur des élections au 2e tour’… », a rapporté Pickass.
Il a également évoqué les violences électorales et les bourrages d’urnes présumés : « Nous nous sommes rendus compte qu’il y a eu plus de suffrages exprimés que d’inscrits… les PV ne sont pas signés… un candidat obtient plus de voix que le nombre de votants… Parce qu’ils ont bourré les urnes ».
Ce processus électoral entaché de nombreuses anomalies a privé Laurent Gbagbo d’une victoire légitime, a dit Damana Pickass. « Il était impossible pour le candidat Ouattara de rattraper le retard sur le candidat Laurent Gbagbo. À partir de ce point fait au 13 h, des violences se sont déclenchées au Nord… ils ont chassé tous les représentants… dans plus de 500 bureaux de vote alors que le président Laurent Gbagbo y avait des voix au 1er Tour, il a eu zéro voix… ».
Pour rappel, cette audition survient dans un climat judiciaire déjà chargé pour le cadre du parti de Laurent Gbagbo, condamné en février dernier à dix ans de prison ferme-sans mandat de dépôt- dans l’affaire de l’attaque du camp militaire d’Abobo Kouté, survenue en avril 2021.
Il n’en demeure pas moins qu’il affiche une détermination intacte et se dit d’ailleurs étonné de la plainte en diffamation déposée contre lui. « Que M. Bamba Yacouba se sente aujourd’hui diffamé alors qu’il est l’un des artisans de cette forfaiture, je suis surpris. C’est l’hôpital qui se fout de la charité », a lancé Damana Pickass devant la presse.
A.KONE